Ils ont le pétrole... et voyons quoi d'autre...
Ils ont le pétrole…
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Ils ont le
pétrole, mais ils n'ont que ça Ils ont les
dollars et c'est bien Parce qu'ils
ont le pétrole, mais ils n'ont pas d'eau Pétrole on
the rocks Ils ont le
pétrole pour 30 ans Cette chanson
s'adresse à un brave garçon On boira mon
vin de bon cœur Quand ton
puits sera sec Ils ont le
pétrole, mais ils n'ont que ça
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Commençons par voir ce qui est dit sur ce texte avant de se lancer dans une analyse qui serait un potentiel doublons…
Cette chanson est écrite dans un contexte particulier celui du second choc pétrolier. En janvier 1979, le Shah d'Iran (qui avait voulu imposer une culture occidentale "moderne" à son pays) est renversé par une révolution islamique qui porte au pouvoir l'ayatollah Khomeyni (exilé depuis 1964). Il instaure une République islamique très hostile aux intérêts occidentaux. Cette nouvelle donne politique rompt l'équilibre précaire du Moyen Orient et provoque des inquiétudes sur l'approvisionnement en pétrole. Il s'en suit une hausse presque mécanique du prix du baril, c'est le second choc pétrolier. Inquiets de la diffusion de la révolution islamique, les Etats-Unis et l'URSS encouragent l'Irak de Saddam Hussein a faire la guerre contre ce nouveau régime (entre 1980 et 1988). Le 1er choc pétrolier avait eu lieu six ans auparavant à la suite de la guerre du Kippour en octobre 1973, opération soigneusement préparée par les pays arabes voisins d'Israël visant à attaquer Israël le jour de la fête juive du Yom Kippour. Ce conflit a pour conséquence une hausse du pétrole suite à l'embargo décrété par les pays de l'OPEP (Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole fondée en 1960). C'est à la suite de ce 1er choc, qu'est fondée en 1974, en France l'AEE (l'Agence pour les Economies d'énergie). Les premiers effets de cette recherche d'économie d'énergie ne porte pas véritablement ses fruits mais ralentit seulement la croissance de la consommation. En 1979, l'inquiétude de la pénurie de pétrole, l'augmentation du prix de l'essence obligent le gouvernement à réagir, la crise a dégradé l'économie française provoquant un chômage de masse et une baisse du pouvoir d'achat. La France quitte peu à peu, cette longue période de croissance que Jean Fourastié a appelé les Trente Glorieuses. Face à la hausse du prix du baril qui dégrade la balance commerciale de la France, le gouvernement lance une campagne anti-gaspi avec un personnage dont il est question dans la chanson "Un gaspy futé" : le personnage de cette campagne a été dessiné par le publicitaire Daniel Robert qui a aussi dessiné le célèbre "bison futé". En mai 1979, le gouvernement lance la campagne "Chassons le gaspi" et les JT s'en font l'écho. La chanson en elle-même peut choquer aujourd'hui, elle est une sorte de comparaison qui a pour but de rassurer les inquiétudes d'une France déstabilisée par le 2nd choc pétrolier qui remet en partie son modèle de société de consommation où les ressources seraient infinies. Le registre franchouillard s'affirme quand il évoque les Arabes arrêtés à Poitiers en 732 par Charles Martel, les Gaulois grognards (ceux de la Grande Armée napoléonienne). Puis la fin de la chanson évoque, un roi du pétrole qui aurait été à la même école que Sardou.....à qui il propose de boire un verre de vin et d'épouser sa soeur.... Enfin, il faut revenir sur les prédictions de la chanson, Sardou s'est trompé, trente ans plus tard, les pétromonarchies ont encore du pétrole et surtout elles préparent l'après pétrole en achetant et en investissant à tour de bras partout dans le monde et notamment en Europe. Le Qatar possède désormais le PSG, des marques prestigieuses, Seuls les binious n'intéressent pas ces nouveaux pays riches...mais on peut les comprendre ! (https://lhistgeobox.blogspot.com/2015/02/michel-sardou-ils-ont-le-petrole-mais.html) |
Alors, soyons honnête, quand c’est bien écrit et complet, autant citer ceux qui se sont cassé le cul à faire du propre. J’ajouterais juste, sur un plan « historique », qu’en 979, la France est en plein doute. On n'est plus la grande puissance d'avant-guerre, et on se prend une baffe économique par des pays qu'on regardait de haut dix ans plus tôt. La chanson de Sardou, historiquement, c'est le "sursaut d'orgueil". C'est le moment où la France décide de miser sur le Nucléaire (pour ne plus dépendre du pétrole) et sur la Matière Grise.
Sardou mélange Charles Martel (732) et les Grognards (1800). Historiquement, c'est un "gloubi-boulga" temporel, mais c'est fait pour dire : "Peu importe l'époque, on a toujours survécu grâce à notre tête (et nos bras), pas grâce à notre sous-sol."
L'analyse dit qu'il s'est trompé car ils ont encore du pétrole. C'est vrai. Mais historiquement, la France est devenue l'un des pays les plus "décarbonés" (grâce au nucléaire lancé à cette époque). Donc, ironiquement, le "on n'a pas de pétrole mais on a des idées" est devenu une réalité industrielle historique.
Vu que le plan historique est fait… on va pouvoir s’attaquer au reste… et on va bien s’amuser !
Déjà, on va garder en tête que cette chanson rentre dans un diaporama de l’affrique, que Musulmane est le fantasme de la femme « arabe » (on va le dire ainsi) ; qu’Afrique aideu est un constat sur la traite des noirs et le colonialisme français ; Le temps béni des colonie est le regret de ce qu’était l’Empire Français… il nous reste « un roi barbare » (à venir) et celle qui nous occupe ce soir… ils ont le pétrole, qui est… la moquerie aux arabes suite à la perte de l’empire colonial.
Et on va se faire un poil de contexte avant de
commencer :
Quand L’afrique prend son indépendance et nous coupe le robinet en 79, la
France réalise qu'elle n'est pas "propriétaire" de sa propre énergie.
C'est un choc pour l'ego national. Mais au-delà de l'histoire, c'est la preuve
que rien n'est acquis. Le pétrole, c'est la ressource morte, la variante noire.
Sardou répond par la variante claire : ce qui pousse (le blé), ce qui se boit
(le vin) et ce qui se crée (les idées). Sardou est ici le porte-voix d'une
France qui ne sait pas où se foutre dans ce nouveau monde. Il utilise les
chansons comme des boucliers contre la réalité.
Alors voyons ce texte en détail et sous toutes les coutures…
Ils ont le pétrole, mais ils n’ont que ça… qui sont
ces « ils » me paraît déjà un bon point de départ…
Le bloc de l'OPEP (Les "Nouveaux Riches") : C'est la
cible évidente. Arabie Saoudite, Émirats, Koweït. Ces pays qui, quelques
décennies plus tôt, étaient sous influence ou protectorat (anglais ou français)
et qui, soudain, tiennent le monde par les pompes à essence. Le
"Ils", c'est celui qui a renversé le rapport de force : l'ancien
"sujet" est devenu le "banquier".
Les Anciennes Colonies (La blessure narcissique) : J’ai mis le doigt
dessus avec mon introduction... L’Algérie, la Libye, l’Irak... Pour Sardou et
une partie de la France de l'époque, ces pays "nous" doivent leur
infrastructure, leur langue (parfois) et leur modernité. Voir ces pays utiliser
leur pétrole pour faire plier la France, c'est vécu comme une trahison ou une
ingratitude. Le "Ils", c'est l'émancipé qui réussit mieux que le
maître.
L'Orient Fantasmé et Menaçant : Le "Ils", c'est aussi cette
masse informe que Sardou appelle "Altesse" ou "Roi
Barbare". C'est l'Orient qui ne veut pas devenir l'Occident. En disant
"ils n'ont que ça", Sardou tente de dévaluer leur victoire : "Vous
avez le fric, mais vous n'êtes pas des nôtres".
On a le bon vin, on a le bon pain, et caetera … et je
me vois déjà obligé de remettre des pendules à l’heure… Le vin ne vient pas de
Bordeaux ou de Bourgogne. Les premières traces de vinification remontent à 8
000 ans, dans le Caucase (Géorgie) et dans les monts Zagros... en Iran ! Et
pour la petite histoire, voici comment le procédé pour faire du vin est arrivé
en France : Caucase → Mésopotamie → Égypte → Grèce → Rome → Gaule. La
France n'a pas inventé le vin, elle a "fixé l'acquis". Elle a profité
du "sol et du climat" (le terroir) pour transformer une boisson
sauvage en une science exacte.
Idem pour le pain. Le blé a été domestiqué pour la première fois au
Proche-Orient (actuelle Syrie/Turquie/Irak). Le pain levé, on le doit aux
Égyptiens.
Sardou utilise le vin et le pain comme des symboles de "pure souche".
C'est un contresens historique. Ce sont des Acquis Universels que la France a
su magnifier, mais dont elle n'est pas la source.
Ils ont le pétrole, mais
c'est tout … Vu qu’on a mis des noms sur le « ils », on peut dire
qu’ils n’ont pas que le pétrole…
déjà on va commencer par « the parfumed
garden », l’écrit du Cheikh Nefzaoui (Tunisien d'origine). Ce
traité du XVe siècle n'est pas juste un livre "coquin", c'est une
encyclopédie de la santé, de la psychologie et du respect du plaisir de
l'autre. Quand il est traduit en Europe (notamment par Richard Burton), c'est
un choc. Pendant que l'Occident était encore coincé dans une morale rigide,
l'Orient avait déjà théorisé l'équilibre du couple. C'est un "acquis"
de civilisation immense.
L'Algérie (et plus largement le Maghreb et l'Andalousie musulmane) a été le
"disque dur" de l'humanité pendant que l'Europe était dans le noir du
Moyen Âge.
Béjaïa (Bougie) : C'était un centre intellectuel mondial. C'est là que
le mathématicien italien Fibonacci a appris les chiffres arabes et le zéro.
Sans l'Algérie, Sardou ne pourrait même pas compter ses ventes de disques, car
on en serait encore aux chiffres romains (essaie de faire une multiplication
avec des XVIII et des IV, c'est l'enfer !).
L'Algèbre : Le mot vient d' Al-Jabr. Inventé par Al-Khwarizmi (un
"Ils" du bloc oriental).
C'est Al-Khwarizmi (dont le nom a donné le mot "Algorithme") qui a
posé les bases de la résolution des équations…. Et la trigonométrie,
essentielle pour naviguer et construire des cathédrales provient des savants de
Bagdad et du Caire qui ont peaufiné les sinus et cosinus.
Je me permet d’ajouter que le « 0 » est arabe et sans le zéro, pas
d'informatique, pas de banque, pas de physique moderne. C'est le
"rien" qui permet de tout calculer.
La Marine et l'Astronomie : Ils ont perfectionné l'astrolabe. Sans leurs
cartes et leurs instruments, les grandes découvertes (et même les navires de
guerre de Charles Martel ou de Napoléon) n'auraient jamais vu le jour. Si "Ils" n'avaient que le pétrole, pourquoi la majorité des étoiles
brillantes dans le ciel ont des noms arabes (Aldébaran, Algol, Bételgeuse).
La Médecine : Avicenne (Ibn Sina) a écrit le "Canon de la
médecine", qui a été le manuel de référence dans toutes les universités
européennes (Montpellier, Paris) pendant 600 ans.
L’écriture : La toute première fois que l'humain a gravé une donnée
sur une tablette d'argile pour qu'elle ne s'envole pas… c’était à Sumer, en
Irak. Les Phéniciens (le Liban actuel) sont l es génies du "code".
Ils ont inventé l'alphabet phonétique. Avant, il fallait dessiner des objets
(hiéroglyphes). Eux ont dit : "On va créer des signes pour les
sons". Cet alphabet phénicien a donné l'alphabet grec, puis latin.
Donc, chaque lettre que Sardou a écrite sur son carnet pour composer sa chanson
vient, à l'origine, des sables d'Orient.
Un mot sur la littérature s’impose également : Avant que la France
ne se targue d'avoir une littérature raffinée, l'Orient avait déjà inventé le
concept de la narration en abyme (une histoire dans l'histoire). C'est un
Français, Antoine Galland (qui a littéralement volé le texte), au début du
XVIIIe siècle, qui a "importé" (et sérieusement lissées pour la cour
du Roi) les aventures d'Aladin, d'Ali Baba et de Sindbad. Sans ce
"repompage", on n'aurait pas eu tout le mouvement de l'Orientalisme,
ni une grande partie de la féerie qui a nourri nos écrivains… et je rappelle
que les frères Frimm… sont Allemands, pas Français… Jacob et Wilhelm Grimm sont
les piliers du conte européen. Ils n'ont pas "inventé" les contes,
ils ont fait ce que d’autres ont fait : ils ont parcouru les campagnes pour
recueillir la tradition orale et la fixer. Michel se revendique du
"Gaulois grognard", mais l'imaginaire qui berce les petits Gaulois
(Blanche-Neige, Hansel et Gretel, Cendrillon version sombre), c'est du pur jus
germanique.
On a quand même Charles Perrault, mais devinez quoi ? Il a repris des thèmes
qui circulaient déjà partout en Europe et en Méditerranée. La France n'a pas
inventé le conte, elle lui a mis une perruque poudrée et des talons rouges pour
que ça passe dans les salons de Versailles. C'est du "packaging".
On pousse la porte de la religion ? juste pour rire… La Bible n'a
pas été écrite à Rome, ni à Paris, ni même à Berlin. Elle est née entre la
Mésopotamie (le déluge de Gilgamesh copié dans Noé), l'Égypte (Moïse) et la
Palestine. Elle a été écrite en Hébreu, en Araméen (la langue de Jésus, qui est
une langue sémitique, cousine de l'arabe) et en Grec. Rien de latin là-dedans à
l'origine ! Tout ce que la Bible raconte se passe dans le désert, chez des
nomades, des bergers et des rois... qui ressemblent étrangement aux ancêtres de
ceux que Sardou appelle "Ils".
Les textes passent en Grec puis en Latin (Rome s'approprie le message). Vers
1450, à Mayence, Gutenberg, un allemand, invente la presse à caractères
mobiles. Le premier livre imprimé, c'est la Bible. Sans ce génie allemand, la
Bible serait restée un objet de luxe pour moines copistes. C'est un Allemand
(Martin Luther) qui, en 1522, traduit la Bible en langue populaire pour que
tout le monde puisse la lire.
Le socle de sa morale et de la culture, toujours pour le politicien qui rassure le peuple Français, incarné par Sardou, est un texte Oriental, sauvé par des Grecs, traduit par des Allemands et imprimé avec une technique inspirée des pressoirs à vin... dont on a vu que l'origine était Iranienne… On continue de croire nos politiciens ou on commence à se poser des questions ? La question est, quand allons nous dire MERCI à Michel Sardou de nous ouvrir les yeux bien grands avec ses chansons ????
Sardou parle du "Paradis Latin", mais le concept même de merveilleux et de palais enchanté, on l'a pris chez Shéhérazade. Il utilise des mots, des chiffres et une logique qui viennent d'Orient pour expliquer que l'Orient n'a rien. C'est le paradoxe ultime. En focalisant sur le pétrole (le matériel), Sardou évite de regarder l'héritage intellectuel. C'est plus facile de se moquer d'un "nouveau riche" que d'admettre qu'on est l'élève d'un "ancien maître".
On a les cailloux, on a les bijoux, on a les binious
… Alors voui, l’occident a la pierre, le matériel de construction on s’entend…
mais quid du reste ?
Techniquement parlant… les « jolis cailloux » et les « premiers
bijoux » remontent à l’âge primitif de l’homme qui en a fait des ornements
et une monnaie d’échange bien avant que l’on parle de tribut ou de nation…
lorsque le monde appartenait à l’homme sans aucunes frontières.
Historiquement, en 1979, les diamants, l'or, les rubis ou les émeraudes ne
viennent pas du sous-sol de la Creuse ou de Bretagne. Ils viennent...
d'Afrique, d'Orient et d'Amérique Latine. Sardou dit "On a les
bijoux", mais sans le pillage colonial ou le commerce avec ces pays qu'il
moque, la Place Vendôme serait une vitrine de silex taillés. C'est le comble de
l'arrogance : se vanter de porter les bijoux dont les pierres viennent du
jardin du voisin… Alors OUI, on a le "savoir-faire" (l'orfèvre). Mais
l'art de monter les pierres et les techniques d'émaillage ou de ciselure ont
été portés à leur paroxysme par les Égyptiens et les Byzantins bien avant que
la France ne soit une nation.
Contrairement à ce que dit la croyance populaire, Sardou n'a pas
"inventé" le mot « Biniou »… qui est un vrai mot
breton (de biniaou). Mais c'est une attaque ciblée sur le côté
"folklore de terroir" pour faire rimer ça avec bijoux. La cornemuse
(le biniou) n'est absolument pas bretonne à l'origine ! Les premières traces
viennent d'Égypte et de Mésopotamie (encore "Eux" !). Néron en jouait
à Rome… L'instrument a voyagé avec les peuples migrateurs et les armées.
Le gag historique : Le biniou est un cousin direct de la zurna ou
de la ghaita qu'on trouve au Maghreb et au Moyen-Orient.
Juste pour rire… un couplet et trois pages d’analyses… soit Sardou chante n’importe quoi (ce dont je doute) soit il nous pousse à ouvrir des livres et s’instruire avant de gober n’importe quoi… parce que la question se pose, qui « dit » ce texte si ce n’est un politicien qui veut rassurer la France et le Français ? Pas le chanteur… lui ne fait que se moquer du message politique ambiant !
Ils ont les dollars et c'est bien … on va en parler
tiens… de l'invention du Pétrodollar (Le
pacte secret) Sardou dit "Ils ont les dollars". Mais d'où
viennent-ils ?
Le deal de 1945 (Pacte du Quincy) : Les États-Unis ont passé un accord
avec l'Arabie Saoudite. Les Saoudiens vendent leur pétrole exclusivement en
dollars. En échange, les USA les protègent militairement. Le dollar est devenu
une monnaie "assise" sur le pétrole arabe. Sans le pétrole de
"ceux qui n'ont rien", le dollar ne vaudrait pas grand-chose.
"Ils" n'ont pas seulement des dollars, ils sont les piliers de la
monnaie mondiale.
L'investissement & le cerveau financier : Sardou sous-entend
qu'ils s'assoient sur leurs sacs de billets. C'est faux. Dès les années 70, ces
pays ont compris que le pétrole n'était pas éternel. Ils n'ont pas
"gardé" les dollars, ils les ont réinjectés dans l'économie
occidentale. L'ironie suprême : Ils ont racheté des parts dans les banques
françaises, dans l'immobilier de luxe à Paris, et plus tard dans les
entreprises du CAC 40.
Dès lors La dépendance est inversée : Ce n'est pas "ils ont des
dollars", c'est "notre monnaie et notre économie dépendent de leur
bon vouloir à nous vendre du pétrole en échange de bouts de papier verts".
Pendant que Sardou chante le "Paradis Latin", les détenteurs de
pétrodollars sont peut-être déjà en train de racheter les murs du cabaret ou
les Grands Magasins dont il se vante juste après. Contrairement à l'idée du
"Brave garçon qu'on appelle Altesse" (le bédouin un peu naïf), ces
pays ont utilisé le dollar comme une arme de conquête économique silencieuse…
la guerre sans armes et sans victimes !
On a les mannequins, les grands magasins, le Paradis
Latin … Sardou brandit ces trois éléments comme les joyaux de la couronne
française, mais quand on gratte le vernis, on découvre une exploitation de la
main-d'œuvre, un plagiat architectural et une nostalgie latine qui n'a rien de
gauloise.
Déjà les mannequins, avant d’aller plus loin, on ne prend pas de
mannequins « français » on cherche l’exotisme, l’inaccessible pour le
grand public. Le mannequinat est supposé vendre le luxe et faire rêver… donc,
exit cette belle image, il faudrait dire « on exploite les
mannequins » pour être honnête. Ensuite, si on parle de mode, en 1979, la
soie vient de Chine, le coton d'Égypte ou d'Inde. Le mannequin porte sur elle
la géographie du monde "pauvre". La haute couture est française, mais
le prêt-à-porter qui remplit les placards est déjà, à l'époque, délocalisé ou
fabriqué par des mains immigrées dans les ateliers du Sentier à Paris. Il me
reste à dire que les mannequins… sont trop souvent les prostituées de luxe des
riches. Le (ou la) mannequin devient dès lors un "objet".
Dans cette chanson, elle n'est pas une femme, c'est un item d'inventaire, au
même titre qu'un baril de pétrole. On oppose la possession d'une ressource (le
pétrole) à la possession d'un corps (le mannequin). C'est la réduction de
l'humain à une marchandise de luxe.
Les Grands Magasins ou « Le "Bazar" sous cloche » … est
un souk discipliné. Le concept du grand magasin (Zola et Au Bonheur des
Dames) repose sur l'accumulation et le parcours client. C'est une
réinterprétation occidentale du Grand Bazar d'Istanbul ou des Souks de Damas et
de Marrakech. En Orient, on négocie, on discute, on vit. Dans le grand magasin,
on affiche un prix fixe : c'est la naissance de la consommation passive. Mais
l'idée de "tout trouver au même endroit dans un palais dédié au
commerce" est une importation directe de l'Orient commerçant.
Le "Paradis Latin" c’est admettre que notre culture n'est pas
"pure", mais héritière d'un empire qui a tout balayé. Le cabaret, la
revue, le théâtre... tout cela vient des Ludi romains (les jeux) et de la
tragédie/comédie grecque.
L'ironie géographique : Le Paradis Latin est situé dans le Quartier Latin,
ainsi nommé parce qu'on y parlait la langue de l'envahisseur (Rome). Se vanter
du Paradis Latin pour narguer l'étranger, c'est se vanter de l'héritage d'un
autre étranger qui nous a colonisés il y a 2000 ans.
Ils ont les barils, on a les bidons (bidons, bidons)
… On est en plein dans la généalogie du transport des fluides. Sardou (soyons
d’accord, le message politicien mis « en valeur » dans le texte
chanté par Sardou) essaie de faire une opposition de "classe" entre
le gros baril brut et le petit bidon raffiné (ou "fûté", comme il le
dit après), mais historiquement, c'est une seule et même famille dont la
branche aînée est née en Orient. Le mot "baril" vient du gaulois
certes, mais le concept de stockage de masse des liquides (huile, bitume, vin)
vient de Sumer et de Babylone.
Le Bitume : Les Mésopotamiens utilisaient déjà le pétrole de surface (le
bitume) pour calfater leurs bateaux et sceller leurs briques. Ils ont inventé
les contenants pour transporter cette "donnée noire" bien avant que
la France n'existe.
L'Unité de mesure : Aujourd'hui, on parle de "barils" (159
litres). Sardou se moque de cette unité massive, mais elle est la preuve que
"Ils" possèdent la source de l'énergie mondiale.
L'Amphore et le Bidon, du contenant sacré au plastique vulgaire… Si on
remonte la piste :
L'Amphore (Grèce/Égypte/Rome) : C'est l'ancêtre du bidon. C'était le
"container" de l'Antiquité. Sans l'invention de l'amphore par les
peuples de la Méditerranée orientale, le commerce du vin et de l'huile n'aurait
jamais pu inonder la Gaule.
Le Bidon (étymologie) : Le mot vient de l'ancien scandinave bida,
mais il désigne un vase. Sardou l'utilise ici pour rimer avec "Dom
Pérignon" et pour suggérer une sorte de supériorité technique : le bidon
français serait plus "intelligent" que le baril arabe.
L'Ironie : Le "bidon" de Sardou, en 1979, il est fait en
quoi ? En plastique... donc en dérivé de pétrole.
Mais pour boire, où vont-ils? Chez Dom Pérignon … alors
on va commencer par le moine…
Le moine Pierre Pérignon n'a jamais voulu inventer les bulles ! Au
contraire, il passait sa vie à essayer de les éliminer car les bouteilles
explosaient dans les caves (on appelait ça le "vin du diable"). Le
paradoxe est qu’il s’agit d’une erreur technique transformée en luxe mondial.
Encore une fois, la France n'a pas "inventé" le concept, elle a
marketé un accident. Le champagne, c'est de la pression dans une bouteille. Le
pétrole, c'est de la pression sous la terre. Sardou oppose deux pressions :
l'une qui sert à faire la fête (l'oubli), l'autre qui sert à faire tourner le
monde (la réalité).
Là que c’est fait, revenons sur le début du vers… Maintenant qu’on sait
« qui est ILS »… on peut dire que dans ces pays l’alcool est interdit
sans se tromper… donc, le texte sous entends que « ils » ne sont même
pas foutu de pouvoir picoler chez eux, « ils » doivent venir chez
nous…. Sous-entendus qu’ils se blasphèment chez l’étranger. Or il n’en et rien,
on a établi pourquoi ils viennent en Europe, et si on en croit le Coran (et the
parfumed garden, qui est basé sur le-dit coran), « quand tu es chez l’ôte,
plies toi à ses coutumes, il se pliera aux tiennes quand il viendra chez
toi ». Donc, le Coran et les traditions pré-islamiques insistent sur
l'adaptation. On ne juge pas l'hôte. Si "Ils" viennent chez Sardou
(en France), ils goûtent au vin parce que c'est la coutume locale. A nouveau le
« politicien » dont Sardou se moque avec ce texte voit ça comme une
soumission ou une "tentation" à laquelle ils cèdent. Eux le voient
comme une intelligence sociale, l’art de savoir naviguer entre les mondes.
Enfin… l’Orient n’a pas toujours été « sec » … les plus grands
poètes arabes et persans (comme Omar Khayyam ou Abou Nouwas) chantaient les
louanges du vin. Bagdad était une ville de tavernes et de jardins bien avant
que Paris ne soit la capitale de la fête. Le mot alcool vient de l'arabe Al-Kohl.
Ce sont les savants musulmans (encore "Eux") qui ont perfectionné
l'alambic (Al-Inbiq). Le gag absolu est ici… Sans l'alambic inventé par
les Arabes pour la médecine et la chimie, la France ne pourrait pas produire
ses eaux-de-vie, son Cognac ou son Armagnac.
Le paragraphe suivant demande un poil de réflexion, c’est pourquoi on va le traiter d’un coup… juste après avoir démonté ces clichés !
Parce qu'ils ont le pétrole, mais ils n'ont pas d'eau
… Alors, juste pour rire, si l’homme n’a pas d’eau, il meurt… le corps humain a
besoins de +/- 2l par jour pour être fonctionnel… donc si « ils »
sont installé dans ces pays, « ils » ont de l’eau !
Le Croissant Fertile, là où tout a commencé… Dire qu'ils n'ont pas
d'eau, c'est oublier que le concept même d'agriculture est né grâce à la
maîtrise de l'eau en Orient. Le Tigre et l'Euphrate (Irak), c'est le berceau de
la Mésopotamie. Sans ces fleuves et le génie des canaux inventés par
"Eux", l'humanité en serait encore à chasser le lapin pour survivre.
Le Nil (Égypte) pour rappel, voilà ce qu’en disent les Egyptiens…
"L'Égypte est un don du Nil". Ils n'ont pas d'eau ? Ils ont le fleuve
le plus mythique du monde, celui qui a permis de bâtir les pyramides pendant
que nous habitions encore dans des huttes.
Le génie de l'eau (L'Acquis technique)… Si la France a de l'eau qui
coule dans ses tuyaux, c'est aussi grâce aux techniques de gestion des fluides
venues d'Orient. Les Qanats sont un système d'irrigation souterrain incroyable
inventé en Perse (Iran) il y a 3 000 ans pour transporter l'eau sur des
kilomètres sans évaporation. Les Norias sont ces grandes roues à eau qu'on voit
dans nos campagnes ? Elles ont été perfectionnées en Syrie (Hama). Les savants
arabes (comme Al-Jazari) ont inventé des pompes et des systèmes de montée d'eau
automatisés qui ont inspiré les fontaines de Versailles.
Pas d'neige en montagne … si seulement les
politiciens avaient ouvert des livres de géographie… enfin, grâce à la bêtise
politique, on a des bonnes blagues…
L'Atlas (Maghreb) : On y trouve des stations de ski (comme Oukaïmeden au
Maroc). Il y a de la neige, et même beaucoup.
Le Mont Liban : Le nom "Liban" vient lui-même de la racine
sémitique signifiant « Blanc », à cause de ses sommets enneigés.
L'Iran et la Turquie : Ce sont des pays de hautes montagnes. Téhéran est
entourée de sommets qui culminent à plus de 5 000 mètres ( m pour le Mont
Damavand). On y skie pendant que les Parisiens pataugent dans la gadoue.
Pas d'huitres en Bretagne … on parlera de ce que la Bretagne vient faire ici, car ce n’est pas anodin, on va juste parler des huitres… qui sont partout ou il y a du sel ! là où il y a une côte et de l'eau saumâtre, l'huître prospère. Les populations du Golfe, de la Mer Rouge et de la Méditerranée consomment des mollusques depuis la nuit des temps. Rappelons à Michel que les "Bijoux" dont il se vantait plus haut viennent souvent d'huîtres perlières... pêchées par qui ? Par les plongeurs de Bahreïn et du Golfe bien avant que la Bretagne ne devienne le temple de la Belon.
Que des sables chauds … alors, vu qu’on sait qui est
« ils », un brin de géographie s’impose…
Les Forêts de Cèdres (Liban) : On est loin du sable. Ce sont des forêts
millénaires. Les Phéniciens y puisaient le bois pour leurs navires (ceux-là
mêmes qui ont apporté l'alphabet, tu te rappelles ?).
Les Deltas et Marais (Irak/Égypte) : Les marais de Mésopotamie sont des
zones humides incroyables. On y vit sur l'eau, dans des maisons de roseaux. Ce
n'est pas du sable, c'est de la boue fertile, le limon de la civilisation.
Les Steppes et les Prairies : Une grande partie de l'Iran et de la
Turquie, ce sont des plateaux d'herbe haute, des zones de pâturage.
La Jungle (parfois) : Si on
pousse vers le Sud de la péninsule arabique (le Dhofar à Oman), on a le
phénomène du Khareef : une mousson qui transforme les montagnes en
jungle tropicale verdoyante pendant trois mois.
On pourrait se contenter de dire qu’à travers ces vers le politicien nous dit qu’on a, à défaut du pétrole, l’eau, la montagne, la gastronomie… et qu’ « ils » ont certes le pétrole mais surtout le grand vide du désert…
Ce qui me chiffonne… c’est « parce qu’ils » …
suivis de « pas »
En 79 ce sont principalement les entreprises françaises (et un peu les
Américains et les Allemands) qui construisaient tout. Bouygues, Dumez, GTM
(Grands Travaux de Marseille), Alstom ont construit des barrages monumentaux,
des ports, des universités entières (comme celle de Riyad), des usines de
dessalement et même des centrales nucléaires (le fameux projet Osirak en Irak).
Le Deal "Pétrole contre Savoir-Faire". La France de l'époque ne se contentait pas d'acheter du pétrole ; elle payait sa facture en envoyant ses ingénieurs, ses grues et son béton. On a construit leurs barrages pour qu'ils aient l'eau dont Sardou dit qu'ils ne l'ont pas. On a construit leurs infrastructures pour qu'ils puissent stocker les dollars dont Sardou se moque.
Donc… parce qu’ils ont le pétrole, ils peuvent s’offrir le savoir faire pour avoir de l’eau… et encore, ils payent en pétrole…
Et si on pousse un peu, pour aller en montagne passer ses vacances il faut… ? Pour aller pêcher les huitres, le bateau il faut… ? Faire le plein d’essence !
Donc, Parce qu’ils ont le pétrole et besoins des entreprises Française… le Français moyen a la neige en montagne, des huitres en bretagne… et pas « que du sable chaud » de la plage qui ne coûte rien grâce au train !
Pétrole on the rocks … Si "Pétrole on the
rocks" = Whisky-Coca, et c’est le cas, j’ai un passif de barman, c’est l’argo
du bar… de toute manière, le pétrole ne se boit pas… encore moins sur des
cailloux !
Le Pétrole (Le Coca) : C'est l'Amérique. Le liquide noir, sucré, qui
a envahi la France.
Le Whisky : C'est l'Anglo-saxon.
Le mélange : C'est la boisson du "nouveau riche" ou du
touriste qui n'y connaît rien. Pour un amateur de "Bon vin" et de
"Dom Pérignon" (comme le prétend Sardou), le Whisky-Coca est le
comble du mauvais goût. C'est le mélange qui tue le terroir.
En 1979, les ingénieurs français (Bouygues, Dumez) sont sur les chantiers en Arabie ou en Irak. Ils vivent dans des bases-vie, des "enclaves" occidentales au milieu des sables. Leur seul plaisir ? Le Whisky (souvent importé en contrebande ou autorisé dans les enceintes diplomatiques/techniques) mélangé au "Pétrole" (le Coca).
Sardou ne se moque pas seulement du pétrole sous terre, il
se moque de la consommation de ceux qui ont l'argent mais n'ont pas la
"culture" du palais. Un homme qui boit son whisky avec du soda,
c'est un homme qui a les moyens de s'offrir la bouteille, mais qui n'a pas la
patience de l'apprécier…. Ou c’est un homme dans un pays ou l’alcool est prohibé
et qui cache son plaisir en altérant la couleur et l’odeur du breuvage
illicite.
Le mépris de classe : Il ramène la puissance de l'OPEP à une
commande de bar vulgaire.
L'aveu de l'ingénieur : Si "Pétrole on the rocks" est le
cocktail de l'expatrié français qui construit les barrages, alors Sardou chante
la nostalgie du Français qui s'emmerde sur un chantier lointain, payé par les
pétrodollars qu'il critique.
L'ironie suprême : Le Coca (le pétrole noir du verre) est américain. Le
pétrole (l'or noir) est arabe. Et le Français est au milieu, essayant de noyer
son amertume dans un mélange qui n'a rien de "latin".
Le Whisky-Coca, c'est l'anti-Dom Pérignon. C'est la boisson de celui qui veut l'effet (l'ivresse) sans la culture (le goût). En plaçant ce cocktail dans le désert, Sardou souligne l'absurdité de la situation : le Français est là-bas pour construire le futur de l'Altesse (barrages, routes, réseaux), mais il est obligé de maquiller son identité (l'alcool) dans du soda américain pour ne pas finir en cellule.
Ça n'désaltère pas… donc soyons clair, ni l’alcool ni le coca ne désaltère au soleil… et on tombe dans le choc culturel, à savoir que boire glacé provoque un soulagement immédiat mais force le corps à dépenser de l'énergie pour se réchauffer. Résultat ? Tu transpires encore plus et tu te déshydrates. Dans le désert, on boit du thé brûlant. Ça provoque une sudation immédiate qui refroidit la peau par évaporation sans choc thermique. Sardou décrit des types qui refusent la solution locale par pur dogme culturel. Ils préfèrent souffrir avec leur "On the rocks" plutôt que d'admettre que l'autre a raison sur la gestion de la chaleur. C'est la métaphore parfaite de la colonisation : "Je viens chez toi, mais je refuse tes méthodes." L'alcool est un diurétique. Ça ne désaltère pas, ça vide tes réserves d'eau. Dans la chanson, l'alcool n'est pas une boisson, c'est un lubrifiant social.
Evian sort des Alpes, pas du sahara … je vais traiter
les deux d’un coup
Dans l'esprit du Français de 1979 (et des travailleurs expatriés de Sardou),
l'eau locale est suspecte. Elle est "jaune", elle est sableuse, elle
appartient à une terre qu'ils ne maîtrisent pas. Réclamer de l'Evian au milieu
du désert, c'est un acte de résistance identitaire.
Evian, c'est la neige, les sommets, la France "propre" et
verticale. C'est l'opposé total du désert horizontal, plat et poussiéreux. En
demandant de l'Evian, ils essaient de recréer une bulle d'oxygène savoyarde
dans une fournaise mésopotamienne.
La méfiance sanitaire (Le complexe du colon) : C'est le vieux réflexe de
celui qui a peur de la "tourista" ou des maladies locales. Demander
de l'eau en bouteille venue de France, c'est dire : "Votre terre est
peut-être riche en pétrole, mais votre eau n'est pas digne de mon corps."
C'est une humiliation silencieuse.
La nostalgie sélective : Ils oublient que l'eau du robinet en France
n'est pas forcément de l'Evian. Mais dans l'exil, tout ce qui vient du pays
devient "sacré".
C'est le vers le plus "colon" de la chanson :
- L'aveuglement : Sardou (le personnage incarné par) oublie que le
Sahara n'a pas toujours été un désert. C'était une savane verdoyante avec des
lacs géants (l'Acquis géologique change, Michel !).
- La peur : En 1979, on réalise que si "Ils" ont le pétrole,
"Nous" on a encore l'eau douce. C'est le dernier retranchement du
survivaliste : "Au moins, je ne mourrai pas de soif".
Ils ont le pétrole pour 30 ans … C'est exactement la durée d'un cycle de vie industriel et diplomatique. En 1979, quand Sardou chante "Ils ont le pétrole pour trente ans", il ne fait pas seulement une prédiction géologique (qui s'est avérée fausse, d'ailleurs), il traduit la temporalité des grands contrats d'ingénierie de l'époque.
La logique des "30 ans" : Le cycle du barrage
et du brut
- L'amortissement technique : Un barrage (comme ceux que les Français
allaient construire là-bas) ou une infrastructure pétrolière majeure est conçu
pour une exploitation optimale sur environ 30 ans avant de nécessiter une
rénovation lourde. C'est le temps d'une génération technique.
- Les contrats de concession : Historiquement, les accords entre les
grandes compagnies pétrolières (comme la CFP, ancêtre de Total) et les pays
producteurs étaient souvent calés sur des durées de 25 à 30 ans. C'était le
temps jugé nécessaire pour rentabiliser l'investissement initial massif.
- Le "Pacte de Faust" énergétique : Dans la tête du Français
moyen de l'époque, on se disait : "On leur construit leur pays pendant
30 ans, ils nous donnent du pétrole pendant 30 ans, et après, on verra."
C'était une vision à court terme qui imaginait que le monde arabe redeviendrait
un désert de sable une fois la dernière goutte extraite.
Il faut ce pendant noter que la politique de l’époque envisageait qu’à terme des 30 ans le contrat serait stoppé… et « qu’on verra bien le moment venu », sans se préoccuper d’anticiper la découverte de nouveaux gisements ni l’évolution des techniques d’extractions.
Il faut noter aussi la stupidité des politiques sur le fait que les « arabes » (le ILS dans le texte) ont investi en France et « pourraient se le permettre durant 30 ans »… or, encore de nos jours ces pays grignotent les entreprises Françaises…
On a du vin blanc, des blés dans les champs pour au moins
mille ans … de but en blanc on pourrait croire qu’on nous parle de botanique
et du savoir faire (la culture du blé et de la vigne), Sardou se raccroche au
mythe de la France "Grenier de l'Europe". C'est l'idée que tant qu'on
a du pain et du vin, on est invincibles… mais… il y a autre chose… et ce n’est
pas le rêve d’un petit moustachu excité qui devait durer 1000 ans et n’a tenu
que 6 ans… c’est la charte de création de l’Europe dont je parle. L'idée d'une
Europe unifiée autour de sa production agricole et de sa "pureté"
territoriale, c'est le socle de la vision de l'Axe. Hitler voulait faire de
l'Est (Ukraine/Russie) le "grenier à blé" de son empire. Sardou, lui,
replie cette ambition sur l'Hexagone.
Le paradoxe de la Charte : C'est risible, car la construction européenne
(la CECA puis la PAC) a été pensée pour stabiliser la paix, mais elle a repris
les circuits de dépendance et de production que certains théoriciens du IIIe
Reich avaient déjà dessinés pour une Europe sous domination allemande.
Le "Mille ans" : Une prophétie de comptoir : Dire
"mille ans" pour du blé et du vin, c'est une hérésie agronomique.
- L'épuisement des sols : Tout comme le pétrole s'épuise, la
monoculture intensive (blé/vigne) détruit les sols.
- Le complexe de supériorité : C'est la réponse du berger à la bergère.
"Tu as du pétrole pour 30 ans ? Nous avons l'éternité." C'est une
forme de millénarisme nationaliste. On se croit immortel parce qu'on a une
tradition millénaire, oubliant que sans engrais (dérivés du pétrole...) et sans
machines, le rendement s'effondre.
Sardou chante "On a des blés dans les champs pour au moins mille ans". Mais ce blé est un immigré ! Ces graines en Orient avant qu'elles ne voyagent vers nos plaines.
Ils ont le pétrole, mais ce n'est pas assez … En
1979, on n'est plus seulement dans l'achat de pétrole. On est dans
l'investissement massif. Les pétrodollars commencent à racheter l'immobilier de
luxe à Paris, les parts dans les grandes banques et les fleurons industriels. Dans
l'esprit de Sardou (ou du politique de l’époque, de l’analyste financier),
l'Altesse ne veut pas juste nous vendre du carburant, elle veut posséder le
moteur, la voiture, et le garage. C'est le fantasme de la colonisation inversée.
Les couplets précédent (ils ont les dollars, ils ont le pétrole) parlaient de
la bagnole et la capacité à travailler. Pour le Français moyen, la voiture,
c'est la liberté. En disant "ce n'est pas assez", Sardou suggère que
l'Altesse veut nous priver de notre capacité à bouger, à être autonomes.
On a des idées, un gaspy
futé, un Martel à Poitiers … On est en plein dans le déni de civilisation.
En effet, les idées des Français sont du recyclage culturel… et portent sur « comment
s’approprier des ressources sans les payer, ou en les payant avec des contrats
économiques ».
Le gaspi futé, c’est les grandes surface là ou « ils » ont des zouk…
comprenez, on consomme et on jette, on trie et on recycle, pas eux.
Martel à Poitier est mis pour souligner que l’histoire de France, on connait, l’histoire
de l’Islam, non.
C'est le point le plus violent du texte. Sortir Martel en 1979, c'est poser une
frontière de sang.
Le "Choc des civilisations" avant l'heure : En invoquant 732,
Sardou dit : "On vous connaît, on vous a déjà battus, on sait comment
vous gérer". C'est une menace voilée sous un air de refrain populaire.
L'asymétrie culturelle : Le Français de la chanson brandit son livre
d'histoire ( Martel, les Gaulois) tout en ignorant superbement que l'Altesse
vient d'une culture qui a inventé l'algèbre, l'astronomie et la médecine alors
qu'on s'éclairait encore à la bougie de suif.
L'ignorance volontaire : On ignore l'histoire coranique ou scientifique
arabe parce que l'admettre, ce serait admettre une égalité (voire une
supériorité passée). Sardou préfère rester sur l'image du "Guerrier
Martel" plutôt que sur celle du "Partenaire Savant".
Le Français de Sardou vit dans un musée clos. Il a ses "idées" (le Gaspy), Il a son "histoire" (Martel). Il a ses "mille ans" de blé… Il refuse d'ouvrir la porte. Il veut le pétrole, mais il ne veut pas l'humain qui va avec. Il construit des barrages chez eux pour mieux s'enfermer chez lui.
Ils ont les dollars, c'est
très bien (très bien, très bien) … C'est la conclusion logique du
"deal" faustien : l'argent n'a pas d'odeur, même s'il sent le
soufre. En martelant ce "très bien, très bien", Sardou adopte la
posture du banquier pragmatique qui tente de rassurer ses actionnaires (le
peuple français). Parce que si « ils » investissent sur la France, « ils »
créent de l’emplois et relancent l’économie… donc, en effet, c’est très bien,
qu’ « ils » viennent les dépenser en France !
Le recyclage des pétrodollars : Dans les années 70, la France est en
plein choc pétrolier, le chômage commence à grimper. L'Altesse qui a des
dollars, c'est le client idéal. On lui vend des Airbus, des centrales
nucléaires, des Mirage et, bien sûr, nos fameux barrages.
L'invitation au travail : C'est une manière de dire : "Ne
pleurez pas sur le prix de l'essence, réjouissez-vous des carnets de commandes
qui se remplissent." Le travail du peuple est sauvé par l'opulence de
l'autre. C'est le début de la France "prestataire de services" pour
les monarchies pétrolières.
Mais attention, il y a une pointe de sarcasme dans ce "très bien" :
C'est le "très bien" de celui qui méprise le parvenu mais qui a
besoin de son chèque. On accepte les dollars pour maintenir notre train de vie
(le vin blanc et le blé), tout en préparant le Martel de Poitiers au cas où
l'invité deviendrait trop encombrant.
Nous, des têtes de lard, de gaulois grognards et chauvins …
Si « Ils » ont des choses, NOUS (les Français) en avons aussi… et c’est
de la pure défiance. J’explique :
des têtes de lard, c’est l’opposition face à l’interdit alimentaire…
Mais c'est aussi le marqueur de la paysannerie française, tout autant que le
symbole du "non-halal". Dire qu'on est des têtes de lard face à
l'Altesse, c'est une provocation culinaire. C'est dire : "On mangera ce
qu'on veut, et surtout ce que tu ne manges pas." C'est l'identité par
l'estomac.
"Gaulois Grognards" : Le télescopage des défaites glorieuses :
Sardou mélange tout pour créer une lignée de résistants :
- Le Gaulois : C'est le mythe d'Astérix. On est petits, mais on
résiste à l'Empire (ici, l'Empire financier de l'OPEP remplace Rome).
- Le Grognard : On passe de -52 av. J.-C. à 1815. C'est le soldat de
la Grande Armée qui suit Napoléon dans la boue et le froid sans jamais cesser
de râler.
- Le point commun : Les deux ont fini par perdre (Alésia et
Waterloo), mais la France préfère se souvenir de la "panache" de la
résistance plutôt que de l'amertume de la défaite. C'est la glorification de
l'entêtement.
"Chauvins" : L'enracinement pathologique. Le terme vient de Nicolas
Chauvin, soldat légendaire de Napoléon, symbole du patriotisme aveugle. Il
souligne l’attachement au terroir : C'est le refus du nomadisme de l'Altesse.
Le pétrole bouge, l'argent circule, mais le Français "chauvin" reste
planté dans son champ de blé. Être chauvin, c'est décider que "chez nous,
c'est mieux par définition". C'est la fin de toute curiosité envers
l'autre.
Cette chanson s'adresse à un brave garçon … Et c'est
là que Sardou joue sa carte la plus paternelle et la plus condescendante. Le "brave
garçon", ce n'est pas l'émir en place, c'est l'héritier. Celui qui fait
ses études en Occident, qui conduit des Ferrari mais qui devra bientôt gérer
l'après-pétrole.
L'Éducation du "Petit Prince" : Dans l'esprit du
Français de 1979, on regarde ce "brave garçon" avec un mélange de
pitié et d'arrogance :
Le futur "pauvre" : On lui dit : "Aujourd'hui tu es
riche, mais demain, quand les vannes seront vides, tu ne seras plus qu'un type
dans le désert avec un barrage qu'on t'a construit."
La transmission du savoir (ou l'absence de) : En l'appelant "brave
garçon", Sardou le place dans une position d'élève. Sous-entendu : "On
t'apprend à construire des barrages, mais on ne t'apprend pas à être
nous."
La fin du bail de 30 ans : Sardou anticipe le moment où le pouvoir
va basculer de la génération des "Pères fondateurs" (ceux qui ont
signé les contrats) à celle des "Fils gâtés".
Il y a une forme de prophétie malveillante : "On profite de ton fric maintenant, mais on sait que tu vas te casser la figure dans 30 ans." C'est le réconfort du Français qui se dit que sa pauvreté actuelle est plus "noble" que la richesse éphémère de l'autre.
L'asymétrie générationnelle : Le "Gaulois" est vieux de mille ans, mais le "Brave garçon" n'a que 30 ans d'avenir. Sardou oppose la longévité historique de la France à la fugacité financière des pays du Golfe. C'est une manière de dire : "Ton empire est un château de sable, le nôtre est en pierre."
Qu'on appelle Altesse, un ami
d'pension … Comprenez ici « altesse » comme une insulte gentille
envers « le fils de riche » de « ils ». Un ami de pension
nous éclaire sur « qui » est le narrateur de cette chanson… Un jeune
du fils du riche qui fait ses études dans le même établissement, donc deux
niveaux sociaux comparables… Mais, si il est notoire que les fils de riches
étrangers viennent faire leurs études en France (ou en Europe), ce n’est pas
que pour la qualité des études, c’est un placement sur futurs investissement,
le fils de « ils » étant là pour dire à son père ou investir pour
toucher le plus de monde, et donc accroitre les revenus familiaux.
L'Ami de Pension : Le Cheval de Troie Éducatif :
- L'entre-soi des élites : Le "pensionnat", c'est le lieu où les
fils de l'aristocratie pétrolière et les fils de la bourgeoisie française ont
partagé les mêmes dortoirs. C'est là qu'on crée les réseaux qui serviront plus
tard à signer les contrats d’investissement.
- Le complexe de l'Éducateur : En l'appelant "ami de pension", le
Français ramène l'Altesse à son rang de "petit camarade". C'est une
façon de dire : "On a mangé à la même table, je connais tes faiblesses,
tu n'es pas un dieu pour moi." C'est l'intimité utilisée comme une
arme de dévalorisation.
- L'investissement scolaire : Venir étudier en Europe (en Suisse ou en
France), ce n'est pas pour apprendre la philosophie, c'est pour apprendre les
codes de l'adversaire et repérer où placer les billes (le CAC40). Le pensionnat
est le premier bureau d'étude de marché de l'Altesse.
"Altesse" :
L'ironie du titre :
- L'insulte polie :
Utiliser "Altesse" entre potes de promo, c'est du sarcasme pur. C'est
une manière de souligner le décalage entre le gamin qui faisait des batailles
d'oreillers et le monarque qui aujourd'hui tient l'économie mondiale entre ses
mains.
- Le masque politicien : Le "brave garçon" joue son rôle, il
porte le costume de l'Altesse, mais le Français lui rappelle sans cesse : "Je
sais qui tu es sous ton pétrole."
C’est la vision d'un banquet de fin d'études qui a mal
tourné :
- On a cru qu'en les éduquant chez nous, on les garderait sous contrôle.
- On a cru que notre culture (le vin, le blé) serait leur modèle.
- Le résultat : Ils ont pris nos codes, nos diplômes, nos secrets industriels,
et ils sont rentrés chez eux pour nous racheter avec nos propres dollars.
Quand ton puits sera sec, plus d'jus dans l'citron (citron,
citron) …
Quand ton puit sera sec est basé sur l’estimation pragmatique, mais
erronée, de la quantité de pétrole disponible.
Plus d’jus dans l’citron est mis pour dire « quand tu ne pourras
plus tirer une goutte de pétrole de ton sol ».
Mais cela va plus loin… quand tu n’auras plus de ressources, que tu en aura
marre de boire du thé et que tu auras abandonné ta culture au profit de la
nôtre… parce que « le jeune » qui s’exprime à travers ce texte parie
sur la déchéance du fils de « ils »…
Le passage du "puits sec" au "citron", ce n'est pas juste une métaphore de quantité, c'est une déshumanisation complète.
L'Altesse réduite au fruit : Le mépris biologique :
- L'objet jetable : Un citron, on le presse, on en tire l'essence, et
quand il n'y a plus de jus, on jette l'écorce. Sardou suggère que l'Altesse
n'existe pour le Français qu'à travers ce qu'elle contient (le pétrole). Sans
"jus", l'Altesse n'est plus une personne, c'est un déchet organique.
- Le "Plus de thé" : Le thé au citron est le symbole de
l'hospitalité et de la culture nomade/arabe. Dire "plus d'jus dans le
citron", c'est prédire le moment où l'Altesse n'aura même plus les moyens
de sa propre culture. C'est la fin du faste, la fin du thé sous la tente, la
fin de l'identité.
- Le compte à rebours de la dépendance : Sardou exprime ici
une sorte de vengeance patiente.
Le Français accepte d'être dominé aujourd'hui parce qu'il sait que la source
est tarissable. Le pétrole est une ressource finie, mais le "blé" et
le "vin" (les mille ans du texte) sont renouvelables. Le Français se
voit comme l'éternel, et l'Altesse comme l'éphémère.
Note : L'expression "citron" renvoie aussi, dans l'argot de l'époque, à la tête, au cerveau. Dire "plus d'jus dans le citron", c'est aussi insulter l'intelligence de l'autre. C'est dire : "Une fois que tu n'auras plus d'argent, tu n'auras plus d'idées (contrairement à nous, les Gaspy futés) et tu redeviendras rien."
C'est d'une violence inouïe sous un air de rengaine. On sent que le Français de la chanson attend ce moment avec une gourmandise malsaine.
Plus personne à la Mecque, viens à la maison … Comprenez
quand il n'y aura plus de musulman chez toi parce qu'ils seront tous venu en France
profiter des allocs et des aides sociales qui ne sont pas présente « chez
toi ».
"Plus personne à la Mecque" : La fin d'un monde :
C'est une image apocalyptique. Sardou suggère que sans l'argent du pétrole
pour entretenir le faste et la puissance du lieu saint, le centre de gravité du
monde arabe s'effondre.
- Le désert redevient désert : Si les puits sont secs, la ville sainte
perd son attrait géopolitique.
- Le vide spirituel vs le plein matériel : Il oppose la Mecque (le
sacré, là-bas) à la "Maison" (le profane, ici).
"Viens à la maison" : L'invitation piégée. Ce n'est pas une
invitation cordiale, c'est le constat d'une migration de nécessité.
- Le basculement : Hier, l'Altesse était le maître chez qui on
construisait des barrages. Demain, elle sera l'invitée (ou l'assistée) chez
nous.
- Le fantasme des "allocs" et de la dépendance : En 1979, le
débat sur l'immigration et les aides sociales commence à saturer l'espace
public. Sardou joue sur cette peur : l'idée que si leur système s'effondre, ils
viendront "profiter" du nôtre.
- La revanche du "Gaulois" : C'est la satisfaction ultime du
Français qui se dit : "Tu as eu tes 30 ans de gloire, mais tu finiras
par venir manger mon blé et boire mon vin blanc dans ma cuisine parce que tu
n'auras plus rien d'autre."
La chanson se termine sur un rapport de force inversé. Le "Gaulois" gagne par KO à l'usure. Il n'a pas gagné par la guerre, mais par la fatalité des ressources. L'Altesse finit "à la maison", non plus comme un souverain, mais comme un obligé. C'est la vision d'une intégration par la défaite.
C’est aussi un rappel de l’assimilation forcée par le vide…
en effet, si il y a migration en France, le « protocole » veut qu’on
se plie aux coutumes du pays ou l’on s’installe… et donc, lorsque tous les
musulmans seront devenus catholique… il suggère une faillite spirituelle. En
disant "Plus personne à la Mecque", il ne parle pas seulement
d'un lieu désert, il parle d'une foi qui s'évapore avec les dollars.
La "Maison" comme confessionnal : Dans l'esprit du
"Gaulois" de 1979 (époque où la France est encore très imprégnée de
son héritage catholique, même si elle se laïcise), "venir à la
maison", c'est rentrer dans le rang.
- La conversion par nécessité : Si la Mecque est vide, c'est que le
Dieu du pétrole a échoué. Pour Sardou, l'alternative est simple : la France,
ses clochers, son vin blanc et son blé.
- L'identité religieuse : C'est une insulte subtile qui dit : "Votre
religion tient parce que vous avez les moyens de la faire rayonner. Quand vous
n'aurez plus rien, vous viendrez vous fondre dans notre décorum
catholique/occidental."
On boira mon vin de bon cœur … comprenez qu’une fois
la religion mise de côté (ou tous sur la même, à savoir la religion
catholique), on pourra boire en ami et sans arrières pensées.
En 1979, le Français sait que l'Altesse ne boit pas (théoriquement). Dire
"on boira mon vin de bon cœur", c'est dire : "Quand tu auras
abandonné tes interdits, quand tu seras devenu comme moi, alors seulement
l'amitié sera sincère."
Le prix de la paix : La fraternité n'est possible que si l'autre
s'efface totalement pour adopter les mœurs du "Gaulois".
Tu mangeras mon pain … comprenez ici l’investissement
saint et consensuel qui ne serait plus basé sur un rapport de force – nécessité.
Le pain, c'est la base. Partager le pain, c'est redevenir égaux, mais selon les
règles françaises. On sort du rapport de force "Dollar contre
Barrage" pour entrer dans un rapport de "Pain contre Pain".
C'est l'économie de la subsistance après le krach du luxe.
J'demanderai la main De ta sœur … est mis pour une
alliance à l’ancienne, lier deux familles pour sceller l’alliance nouvellement
faite.
L'Alliance de sang : Demander la main de la sœur, c'est l'acte
diplomatique ultime des siècles passés. C'est transformer un partenaire
commercial en un membre de la famille.
Le paradoxe : Après avoir invoqué Martel à Poitiers (le choc), Sardou
finit par un mariage (la fusion). Mais attention : c'est le Français qui
demande la main de la sœur de l'Altesse. Dans la symbolique de l'époque, celui
qui prend la femme "emporte" la lignée. C'est la conquête par l'union.
Quand ton puits sera sec … on a déjà établit ce que cette ligne signifie
Viens à la maison … pareil, déjà établit
On boira cul-sec … La capitulation finale. C'est le
moment où le politicien / le jeune qui s’exprime à travers ce texte, puisqu’on
l’a établit… que Sardou incarne jette l'éponge."Et quand on n'a plus de
raison / On boit cul-sec et c'est très bien."
Le refus du goût : Boire "cul-sec", c'est refuser de
savourer, donc de comprendre. C'est l'acte brutal de celui qui veut éteindre la
lumière dans son cerveau.
C'est l'aveu le plus terrible : quand on ne peut plus gagner par la logique
(parce que des types comme moi (moi qui rédige cette analyse) nous rappellent
que le vin est iranien, le zéro algérien et la Bible mésopotamienne), il ne
reste que l'ivresse du déni. On ferme les yeux, on vide le verre, et on fait
comme si le monde n'avait pas changé.
Le Paradoxe du Conteneur : "On a les bidons",
dit-il. C'est l'aveu de faiblesse ultime. On a le contenant, mais on n'a plus
le contenu. La France de 1979 est une coque vide qui se vante de son
"Paradis Latin" alors qu'elle dépend du débit de la pompe de
"l'Altesse". Le Français "tête de lard" boit son
Whisky-Coca en râlant, mais il le boit avec les dollars de ceux qu'il méprise.
C'est la soumission rémunérée.
C'est pathétique… Se vanter d'avoir l'emballage quand on n'a plus la ressource.
C'est la France qui possède encore les musées, les châteaux et les étiquettes
de vin, mais dont le moteur (le pétrole, l'énergie, l'avenir) appartient à
l'autre… Si ce dernier n’a pas déjà racheté les murs ou le sol purement et
simplement…
La Conclusion du Barman : Le texte de Sardou s'achève sur un
"cul-sec". Dans le jargon, le cul-sec, c'est la fin du débat. C'est
quand on ne veut plus goûter, quand on veut juste oublier.
1979 : On boit cul-sec pour oublier que le Sahara avance et que le pétrole
commande.
2026 (année ou je décortique ce texte) : On réalise que "l'Altesse"
n'est jamais venue manger le pain et boire le vin par nécessité. Elle est venue
avec son chéquier pour racheter la boulangerie, le vignoble et le "Paradis
Latin".
Le fait de vouloir boire "cul-sec" à la fin, c'est l'aveu que la réconciliation ne peut se faire que dans l'inconscience. On ne se parle pas, on se saoule ensemble pour oublier qu'on ne se comprend pas.
En vieux compagnons … comprenez en anciens ennemis combattant pour ses croyances .. après la guerre. La réconciliation.
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