Et si vous écoutiez du Chopin sans le savoir...

Pour ce second article, j'aimerais que vous vous installiez dans un fauteuil, confortablement...
Videz votre esprit, respirez lentement... tiens, buvez un thé et ressentez vos émotions... voilà, vous êtes calme, alerte, ouvert...
maintenant, montez le son... et écoutez ce titre de Chopin, la nocturne 15 en fa mineur...
Pourquoi Chopin... parce que c'est l'entre deux parfait entre la perfection de Mozart et la violence de Wagner...

 Chopin nocturne 15 en fa mineur

Tiens tiens... comme c'est étrange... si on retire les doubles notes et les envolées... vous les entendez les paroles venir d'elle même... 
Je fais l'exercice en même temps que vous :

Et l'homme s'enferme sans attitude Compte à rebours sa solitude Barreau rouillés... envolée diverses de Chopin ... Rideau de fer ... autre envolée et ca reviens... en boucle !

Si on considère les envolées et la mélancolie de Chopin, la rage et la colère y sont... autant que la tristesse... 

Genèse du titre...

Nativement, s'enfermer, les barreaux rouillés, le rideau de fer... c'est ce qu'on mets sur les sujets tabous... et lorsque son premier titre traite de tabous, toute première fois, ces premiers vers viennent assagir une star en puissance, sans lui ôter la puissance vocale et l'intention profonde du texte. Vous l'aurez compris, on va traiter de Johnny Johnny de Jeanne Mas... mais avant, retour en studio.

Jeanne peinait à trouver des émotions lors d'une séance d'enregistrement, probablement pour son album Rouge qui sortira en 1986... la mélodie de Chopin était déjà là, il y avait à faire avec... mais il manquait quelque chose, une puissance vibratoire, un nom à mettre... et un magazine a déclenché la déferlante à venir... Ne sais-je quelle photo ni quel magazine elle a vu, mais à cette époque, A Nightmare On Elmstreet débarquait en Europe... nul doute qu'un certain Johnny Depp a fait les couvertures... et voilà, l'éclair de génie..

Honnêtement, je ne jurerais pas que j'ai raison, mais réfléchissons deux secondes à ce qu'il se passe dans ce film... 

Nancy fait des cauchemars, ses amis meurent dans des circonstances étranges... que fait son père, il met des barreaux aux fenêtres, empêche Nancy d'avoir une attitude sociale, il l'enferme chez elle après les cours... Serais-ce là LA source de ce titre ? 
Johnny Depp tiens le rôle du petit ami de Tina, la première victime... il ne peut plus la voir... il serre le vide dans ses bras, il ne comprend pas ce qu'il lui arrive... la chanson s'écrit presque toute seule !

 

On a la musique, on a les paroles... chiche qu'on en fait un et qu'on fait le top 50... (avec et sans mauvais jeux de mots). Décortiquons ce second single de Jeanne qui va asseoir sa place de star pour les prochaines années. 

Les paroles : 

La nuit ouvre ses fenêtres
Sur la planète déserte
S'écrasant une cigarette,
Joue sur l'onde muette

Et l'homme s'enferme sans attitude
Compte à rebours sa solitude
Barreau rouillés
A cause d'elle
Ma vie se perd
Se sèche

Et puis Johnny, Johnny serre le vide dans ses bras
Quand Johnny, Johnny s'éveille, ne la trouve pas
Et puis Johnny, Johnny s'égare, ne comprend pas
Non Johnny, Johnny cette femme n'est plus à toi

Comme un écho qui s'endort
Épuisé par tant d'efforts
Tu l'aimes encore

Les murs imprégnés de traces
Son parfum se déplace
La chercher même dans l'espace
Quand l'alcool te menace

Et l'homme se saoule d'incertitudes
Dans sa fierté cache sa blessure 
Rideau de fer
Comment faire
Comment survivre sans elle

Et puis Johnny, Johnny serre le vide dans ses bras
Quand Johnny, Johnny s'éveille, ne la trouve pas
Et puis Johnny, Johnny s'égare, ne comprend pas
Non Johnny, Johnny cette femme n'est plus à toi

Comme un écho qui s'endort
Épuisé par tant d'efforts
Tu l'aimes encore

 Et si... une deuxième lecture était plausible...

Ici il n'y a pas matière a décortiquer des doubles sens cachés dans le choix de mots ou la tournure de phrase... ca parle d'une rupture amoureuse qu'un homme vivrait mal... ni plus ni moins. On est d'accord... mais reprenons le hit précédent de Jeanne, Toute première fois... on nous y raconte une première fois avec un homme qui fume, sans préciser de qui il s'agit... tiens tiens, Johny est un fumeur... serais-ce la suite logique de l'histoire commencée avec Toute première fois ? L'homme largué, abandonné par la belle qui se lamente... ceci expliquerait bien cela... non?
Si on considère mon analyses ou c'est Johnny qui serait puceau et ayant des rapports avec une prostituée... ca veut dire que Johnny est incapable de draguer une femme "normale"... quelle tristesse ! La chanson devient un texte sur la misère sexuelle et affective... même pas un simulacre d'amour à se mettre sous la dent.
Si on considère un couple "basique", c'est la réaction logique et légitime à la rupture... et malgré tout, on l'aime encore...  si elle est partie (alors ... tant pis).

 

La seule analyse de ce texte que j'aie pu trouver est simple et tiens en deux lignes... :
La chanson traite d'un homme du nom de « Johnny » qui supporte très mal une rupture. 

Vous pensez bien qu'on ne vas pas se contenter de cela...? Alors c'est partit... Bien venu à Jurra... dans une analyse qui va aller loi, très très loin...

Première lecture 

On n'a pas trop le choix, ce sera par le spectre de Freddy... A nightmare on Elm Street...

La nuit ouvre ses fenêtres... ah tiens, vraiment... le croque mitaine apparait la nuit, dans les rêves de ses victimes...
La planète déserte, le silence de la nuit, ou ici, un quartier calme ou il ne se passe jamais rien.
Fumer, ca rendait les héros "cool" et branchés... plus tard dans le film ce sera un artifice pour rester éveiller. 
L'onde muette, le silence de la nuit, de l'insomnie pour cadrer au film.
Le refrain... je le vois comme ce qui arrive à Johnny Depp dans le film, on l'accuse d'avoir tué Tina, on ne le crois pas malgré qu'il clame son innocence, il s'enferme dans son attitude et fini effectivement enfermé; il compte à rebours à quel moment sa vie est partie en vrac, seul (à l'exception de ses amis qui ont vu freddy)... il a perdu son amoureuse, Tina, il est seul et OUI, sa vie se perd, se sèche.

Le refrain... ben oui, pour le coup, il serre le vide dans ses bras, se réveille en taule, ne comprends pas et en effet, Tina n'est plus à lui, elle est à Freddy.

L'écho qui s'endort, sans l'oublier il doit survivre. Epuisé par tant d'efforts... on y reviens, clamer son innocence ET se battre contre Freddy... et tout cela par amour pour Tina et ses amis 

Les murs imprégnés de traces... on en reparle de la mort de Tina? y'en a partout sur les murs et le plafond... tu parles d'une image !
Son parfum qui se déplace... pour le coup s'était dans la chambre de la demoiselle, ils étaient en couple... son parfum doit lui coller à la peau et le suivre partout... 
La chercher même dans l'espace... alors oui, il est perdu sans elle... mais il veut la peau de Freddy à défaut de ramener sa belle, l'espace ou le monde de Freddy et y survivre ?
Quand l'alcool te menace... hé oui, il picole à un moment du film... autant pour oublier qu'accepter ce qui se passe.

Comment faire, pour vaincre Freddy... Comment survivre sans elle ? La réponse est simple, il n'y arrive pas. 

Et si... c'était la suite logique du téléphone pleure de Claude François ?

Avant de dire que je suis perché et que je dois arrêter de fumer... reprenez les paroles de ce tube... Il n'y a aucuns noms de donnés, juste une situation, un mec qui n'est plus avec sa femme et qui ne connaît que trop peu sa gamine... or Claude n'a eu que des garçons... donc, il ne parle pas de lui mais d'un personnage fictif. Pourquoi pas de Johnny dans notre cas.

Six ans de séparation (c'est Claude qui le dit)... 6 ans de dépressions... tiens tiens... ca colle avec notre texte de Jeanne Mas non?

"Seras-tu aux prochaines vacances à l'hôtel beau rivage, aimes tu la plage ?".... Coïncidences quand tu nous tiens... toute première fois se passe ou ???? A la plage ! Première relation sexuelle et pas de lendemain... une fille cachée à son père ? 

"Ah, c'est le monsieur de la dernière fois" "elle m'a jamais parlé de toi"... tiens tiens... et preuve ultime si il en faut "mais dis donc, comment tu connais l'hôtel beau rivage, tu y as été toi à Sainte Marie ?" FORCEMENT qu'il y a été le Johnny... c'est là qu'il a rencontré sa mère ! Et pourquoi elle n'a jamais parlé de son père à la gamine... parce que c'était une histoire de vacance, une première fois !

"Tu nous aimes, mais j't'ai jamais vu, mais pourquoi tu changes de voix, mais tu pleures pourquoi ?"
et en écho "épuisé par tant d'efforts, tu l'aime encore"... les efforts pour retrouver sa femme et sa fille, pourquoi il pleure.... c'est le seul et dernier contact avec sa famille perdue !

"Car je serai demain au fond d'un train..." c'est ce que Johnny a fait, il est parti... sans se retourner, il a fermé les volets, ne changera plus l'eau des fleurs, oubliera qui il était... jusqu'à ne plus jamais avoir peur. Et si elle est partie... alors... tant pis. 
Comme un écho qui s'endort... l'écho dans le téléphone... qui ne sonnera plus, qu'il n'utilisera plus, l'histoire est finie... et il l'aime encore.

Le clou du cercueil de cette théorie : le vidéo clip de Toute première fois à été tourné sur la côte méditerranée, près de Nice... certains plans ont été fait à Saint Jean Cap Ferrat... et ou est l'hôtel Beau Rivage... à Nice... On est sur la prommenade des Anglais dans les deux cas !

Le réalisateur du clip est Jean-Louis Cap, qui a beaucoup travaillé sur l'image de Jeanne. Il a capturé cette lumière très particulière de la Riviera qui donne ce côté "souvenir de vacances" un peu brûlé, exactement comme le souvenir que Johnny essaierait de retrouver ou que le père du Téléphone pleure essaie de se remémorer.

Une coïncidence, ca peut arriver, plus c'est de la préméditation...

Pourquoi je dis cela ici et maintenant... parce que des coïncidences, on en a vu passer beaucoup... même trop que pour se dire que le vidéo clip ne nous réserve pas une surprise... à laquelle on peut s'attendre...  Commençons par regarder le vidéo clip...

 


Déjà, la première chose qui saute aux yeux... on change de budget et de qualité par rapport au vidéo clip de "toute première fois", on passe sur une réelle narration visuelle et une construction bien plus structurée de ce qui est proposé. On a droit à un beau clip en noir et blanc, puissant et fort.
Il est réalisé par Gérard Pullicino (futur grand manitou de Taratata).

Si "toute première fois" était un souvenir de vacances, ici on serait plutôt sur une descente clinique aux enfers. Ceci dit, on notera que le vidéo clip semble être le prélude au texte chanté... il se passe AVANT la chanson, il explique pourquoi Johnny est en pleine dépression... du coup, Jeanne nous dit quoi avec ce vidéo clip : tout simplement qu'elle a encore des choses à dire sur cette histoire ! Ce vidéo clip annonce son prochain tube, ni plus ni moins... qui sera Sauvez-moi ! qui, on le verra, est ce qui se passe entre Toute première fois et Johnny Johnny... c'est juste mathématique... 

Parlons du décors... et des acteurs
une cellule de luxe, l'appartement ressemble à une boîte, un espace clos avec des murs blancs, froids... et si Johnny était en hôpital psychiatrique et que ce clip sont ses souvenirs qu'il se passe en boucle dans sa tête... tiens, cela expliquerais le choix du noir et blanc non ? Johnny est enfermé dans son silence (il ne parle jamais et n'a pas d'échange avec Jeanne)... c'est le vide qui sèche l'âme.

Jeanne apparaît et disparaît, elle n'est pas "avec" Johnny... elle est autour de lui, elle lui échappe, elle est immatérielle... tout ce qui reste c'est son mouchoir avec ses initiales brodées... nul doute qu'il a encore l'odeur de son parfum. C'est un fantôme dans la mémoire de Johnny, sa conscience. 

La preuve ? 
L'ouverture du vidéo clip, elle a la tête penchée et ouvre les bras comme si c'était une boîte à souvenirs dont elle va sortir. Et elle continue en passant ses mains devant son visage... comme pour nous dire "je ne suis pas présente" ... pire, "je suis un écran de fumée..." ses gants noir, sa robe noir, sur un fond noir... même si le clip est en noir et blanc, elle se fond dans le décor littéralement. Ses gestes... remuer, mélanger... c'est ce qu'on fait quand on se plonge dans ses souvenirs... on récupère le bon, on évite le pire, on mélange pour se refaire le film du passé.

Voyons le contenu du vidéo clip
Le premier plan du clip est Johnny qui est chez lui, il se sert un verre et allume la radio (on y reviendra à la radio et son rôle). Cut et retour sur Johnny qui rentre chez lui et retrouve Jeanne, c'est elle qui écrase une cigarette, juste au moment ou il passe la porte, la cigarette n'est pas finie, elle n'est qu'à peine allumée... c'est lourd de sens, la cigarette représente le temps passé avec Johnny... ca a été court, très court visiblement. Bref, Johnny pose sa main sur son épaule, Jeanne tourne la tête, on voit d'une seconde à l'autre la mélancolie de "je vais le quitter" à "je l'aime"... c'est Johnny qui refait l'histoire, se souvenant d'un regard, d'un sourire... alors que la fin est déjà écrite.
Une dispute autour d'un papier... que Jeanne écrivait avant l'arrivée de Johnny...est-ce LE mot qui fait mal, la lettre de rupture avant de partir sans rien dire? Johnny qui serait rentré trop tôt... et une dispute sans mots, juste une fuite.
Ce qui confirme l'état de souvenir... le flou artistique sur Jeanne qui part et Johnny qui s'installe dans son fauteuil... le cadrage est formel... c'est du passé... il se souviens et ne veut pas se souvenir de la fin. Pire, il l'attend, comme si elle allait revenir, là dans un instant... à la prochaine minute... dans une heure...
Quand il regarde par la fenêtre, il voit "le banc" c'est certain... il ne regarde pas, il se souvient, il espère la voir assise là. Il fait quoi... il s'accroche au rideau, il ferme le poing dessus... il cherche le contact physique qui lui manque. Le rideau c'est la main qu'il aimerait tenir à nouveau.

La gestuelle de poupée désarticulée de Jeanne prend tout son sens dans ce vidéo clip... Johnny joue avec ses souvenirs, Jeanne est SA poupée virtuelle, il la replace "comme il l'aime"... et comme un jouet cassé, elle ne se laisse pas faire car même les souvenirs sont lié à du bon ET à du mauvais, c'est ce qui fait toute leurs profondeurs... et leurs saveurs parfois amère.

Reprenons... comme Jeanne ne reviens pas, Johnny sort... et sur le banc il retrouve quoi ? Le mouchoir... clairement Jeanne est partie depuis longtemps... du coup, Johnny a t'il réalisé qu'il a perdu son précieux sur la route pour rentrez chez lui, cet appartement vide ?

Une autre chose qui fait affirmer qu'on est dans les souvenirs de Johnny... il part sans fermer la porte... qui fait cela ? Personne, même dans les années 80... sauf si tout cela est dans sa tête, l'appartement étant la matérialisation mentale de ses souvenirs... et la porte qui reste ouverte pour pouvoir y replonger encore et encore, sans fins... dépression quand tu nous tiens !

Que fais Johnny quand il rentre chez lui, il monte le son de la radio... il replonge dans ses souvenirs, le volume matérialise à quel point il va chercher loin dans sa mémoire ce qu'il a perdu... en frottant la photo de Jeanne comme la lampe d'un génie qui pourrait sortir et réparer la réalité. Puis il se tient la tête dans les mains... la réalité l'a rattrapé, il sait qu'elle est partie pour de bon ... et pourtant, plan suivant, il est sur ce fameux banc... à croire que c'est l'endroit ou ils se sont rencontré, ou tout a commencé. Et au plus profond de son désespoir, dehors, sur ce banc... elle est arrive, elle s'assied et lui, il lui tourne le dos... c'est un fantôme rassurant et il sait que si il se tourne elle va s'évaporer... il préfère se souvenir d'elle comme lors de la première fois qu'elle s'est assise sur ce banc.

Du coup, le texte change radicalement... la nuit ouvre ses fenêtres, c'est une invitation à se souvenir, à ouvrir la boîte du passé. 

Y'a du rab, je vous le mets quand même ?

Prenons un instant pour respirer... et voyons un petit détail qui me chiffonne, Vous savez, c’est curieux... les gens croient que je ne vois rien, mais moi, je regarde les petits riens... Reprenez du thé tant qu'il est encore chaud....
Tenez, le prénom... Jeanne... au masculin ca donnerait Jean, c'est qu'un détail hein... mais en anglais ca fait John... et si on prend le diminutif ca fait... oui, c'est exactement ca... Johnny, je ne vous le fait pas dire. C'est qu'un détail, mais je n'aime pas... les détails.
Et ca va plus loin encore... mais je ne voudrais pas abuser de votre temps plus longtemps avec cette ombre au tableau... Jean se décline en Jean-Claude... Claude François... François dérivé de Français, chanter en Français en hommage à Claude.... en parlant de Johnny ...c'est une fameuse coïncidence n'est-ce pas ?

Ah oui, ou est-ce que tout cela nous mène...? Ben je vais vous le dire... Vous feriez mieux de vous asseoir amis lecteur... 

Il y a plusieurs pistes, l'évidence est que Jeanne s'adresse à son double masculin, à sa propre part d'hombre ... parce qu'on a tous un côté masculin et féminin qui s'affiche en fonction des situations, de notre éducation... Et Jeanne nous montre souvent deux facettes dans ses clips, la guerrière en noir et la fille sage... du coup, c'est une hypothèse intéressante qui ne tient pas la route...

Enfin, pas totalement... si elle parle d'elle même, alors dans le clip, quand elle tourne autour de cet homme prostré, elle ne tourne pas autour d'un amant, elle tourne autour de sa propre carcasse émotionnelle. Johnny, c'est Jeanne quand elle ne peut plus chanter, quand elle n'a plus ses gants noirs, quand elle est seule face au mur blanc. En criant "Johnny Johnny", elle hurle son propre nom pour essayer de se réveiller. C'est un cri de schizophrénie artistique. Si elle parle d'elle, alors "il l'aime encore" signifie qu'elle est enfermée dans un narcissisme douloureux. Elle est amoureuse de sa propre tristesse. Elle "dépense sans compter" son propre désespoir.

Vous voyez ou ca nous mène amis lecteur... 

Oh ! Juste une dernière chose... dans ce cas, et ce serait juste une coïncidence de plus... mais pas moins: 
la nuit ouvre ses fenêtres sur la planète déserte... la scène une fois le spectacle terminé
s'écrase dans une cigarette, joue sur l'onde muette... les haut parleurs sont coupés comme la lumière, il ne reste qu'à fumer une clope et partir
l'homme s'enferme sans attitude, elle a rangé le costume de guerrière, elle redevient la gentille Jeanne timide... elle a perdu son attitude de combat, d'artiste, pour redevenir une personne "normale"
compte à rebours sa solitude, le délais avant le prochain spectacle, la prochaine scène
à cause d'elle ma vie se perd se sèche, la vie d'artiste, la presse qui en demande toujours plus

Et puis Jeanne Jeanne sert le vide dans ses bras, elle a besoins de se produire, du contact avec le public
ne la trouve pas, la foule... le public
Jeanne Jeanne s’égare ne comprends pas, autant que le spectacle puisse se terminer que la presse qui en veut toujours plus à propos de broutilles au lieu de s'intéresser à ce qui est vraiment important.
comme un écho qui s'endort... la nostalgie de remonter sur scène
épuisée par tant d'efforts, tu l'aime encore... l'effort de la prestation, aimer se produire

Je continues ou vous avez compris ou tout cela nous mène... amis lecteur ? 

les murs imprégnés de trace, la loge et les photos des autres artistes, les grands noms
la chercher même dans l'espace, le lieu ou exister, à savoir, la scène
quand l'alcool te menace, ce qui menace tous les artistes toutes générations confondues

Oui, on arrive au dénouement.... pas de panique

et l'homme se saoule d'incertitude, produire des titres, écrire, se produire sur scène... sans savoir si ca va plaire ou non, si ca va se vendre ou pas
dans sa fierté cache sa blessure, pour monter sur scène il faut être fort... on en revient à son costume et ses postures guerrières...
rideau de fer... si tout s'arrête, si le public cesse de l'aimer
comment faire, comment survivre sans elle... comment survivre sans être artiste quand on a cela dans le sang ?

Ou je veux en venir... c'est simple amis lecteur... cette chanson est une auto biographie de Jeanne Mas, elle nous dit à travers ce texte à quel point elle aime ce qu'elle fait et à quel point elle a peur de tout perdre. 
Vous savez ce que cela veut dire ... Jeanne n'appelle pas un homme. Non amis lecteur, elle s'appelle elle-même au secours avant que le noir et blanc du clip ne devienne sa seule réalité.

Je n'invente rien, je regarde. Et ce que je vois, c'est une femme qui a écrit sa propre épitaphe de star pour conjurer le sort. Mes amis me disent souvent que je devrais lâcher l'affaire... mais comment lâcher l'affaire quand le rideau de fer est en train de descendre ?

 J'ai dépensé sans compter

Il est grand temps de se plonger dans l'édition 2007 des enfoirés et le medley écrit par Jean Jacques Goldman au tour de Johnny Johnny... 
Honnêtement, si ce medley avait été écris par n'importe qui d'autre, je n'en parlerais pas. Pourquoi, parce qu'il faut reconnaître à Jean-Jacques sa rigueur d'écriture. Lorsqu'il se penche sur un texte, rien ne s'y trouves "par hasard", tout a du sens... et les hasards de la vie nous confrontent parfois à des vicissitudes qui sont de bon aloi… Certains s’en ébaubissent et d’autres s’en fourvoient… Ceux qui s’en divertissent en rient sans foi ni loi…c'est notre cas... dans les restos du coeur, certains spectacles valent la peine et d'autres non... et dans chaque spectacle, certains "tableaux" sont moche et d'autres sont des pépites. c'est sur l'une d'entre elles qu'on va se pencher.

Mais avant, c'est quoi les restos du coeur ? C'est un groupement d'artistes initié par Coluche pour récolter des fonds et aider les gens dans le besoins. Pour y parvenir, les dits artistes participants se réunissent dans une salle immense pour rendre hommage à la variété tous styles confondu dans un grand moment de partage. Pour le public, c'est un peu comme ceci qu'on pourrait résumer :
J'achète mon ticket pour assister au spectacle, je monte l'escalier pour entrer dans la salle et je me laisse glisser jusqu'à mon siège pour savourer... mais lorsqu’un bel escalier se change en toboggan… la descente est aisée mais l’honneur s’en ressent… Dans un jardin d’enfants, du sable vous accueille… Dans ce temple étouffant… qu'est la salle de spectacle bondée de monde... c'est la machine des restos du coeur qui vous cueille.

Pourquoi je parle de machine... parce qu'au début c'était simple... maintenant c'est une usine, 40 artistes en moyenne, 5 ou plus pour reprendre une chanson qui sera scandée par l'intégralité de la salle... cela change totalement la manière de vivre la chanson en question. 
Oui, je sais, il y a quelques artistes qui arrivent à grouper plus de monde que les restos du coeur, on parle de Mylène ou de la WWE ... mais soyons honnête, ce sont les exceptions à la règle. (oui, ca marche aussi pour Indochine et tous ceux que j'oublie... mais qui osera me dire que Jul attire plus de monde que les restos ?... merci).

Donc, la descente... dont le résultat est le spectacle... comme je disais, des fois c'est bien et des fois... on est contant d'avoir supporté l'action... on va le dire ainsi; c'est notre orgueil qui en prend un coup... ou pas.

Mais assez divergé sur le sujet global et passons au sujet de fond... Dans la version 2007 du concert, JJG ne se contente pas de faire chanter la chanson par un groupe d'artiste, il crée un dialogue entre plusieurs chansons ET artistes, chacun se répondant à coup de passage de titres soulignant la profondeur du titre de Jeanne. Dès lors, le cri initial (Johnny Johnny, peu importe comment vous le comprenez, idéalement par toutes les analyses faites), devient un miroir brisé ou chaque éclat est porté par un artiste... allant de ceux qui ne sont pas chanteurs aux vraies star de l'époque. 

Si Jeanne criait son désespoir (ou celui de Johnny) seule dans les années 80 ici c'est une condition universelle incluant le public... qui certes ne s'attend pas à voir arriver Jeanne (puisque la règle aux resto est qu'on ne chante pas ses propres chansons), mais s'attend à chanter en choeur... on reparle du star 80 et comment ils ont commencé à chanter à la première note ?
Si Jeanne chante "au singulier" ici, c'est une dizaine de personnes qui s'approprient le texte, cela devient un "nous", c'est un choeur antique, la solitude du texte est vécue par le groupe et le public, en faisant un cri qui dit "n'oubliez pas" (n'oubliez pas la musique, les artistes, ne NOUS oubliez pas) .

 

La version avec un son moche mais les images

version live (daily motion)

La version avec un son nickel mais sans les images


Alors ce texte et ses ajouts... 
Le premier passage est le texte de Jeanne mas tel quel partagé entre les artistes féminin... il va jusqu'au premier refrain. Les dites voix féminines sont Liane Foly, Hélène Ségara, Lorie, Julie Zénati et Murielle Robin
Richard Darmond intervient et présente "qui" est Johnny... c'est du génie dans le sens ou c'est Johnny Halliday qui a fait découvrir Jeanne Mas (voir l'analyse de toute première fois). Double couche de génie, Johnny n'est plus un chanteur, c'est un rôle, un dieu pour certains... n'importe quel "chanteur" ne ferait pas le poids... tandis qu'un acteur de théâtre... c'est du grand art. Et il le fait comment... avec "je suis né dans la rue", le seul titre ou Johnny admet qu'il est Jean Philippe Smet et se présente sans artifice au public.

Reprise de Johnny Johnny par les voix féminines jusqu'à "comment faire, comment survivre sans elle"
Puis c'est Patrick Bruel et Richard Darmond qui reprennent le tube de Sylvie Vartan/Johnny sur "j'ai un problème"... c'est du grand art... on revient à Johnny et son histoire d'amour avec Silvie (bon c'est pas Jeanne, mais le fond est le même)... et ce texte est exactement ce que "Johnny" ressent, il a un problème, il l'aime toujours. Et pour le coup, l'art dépasse la fiction... deux hommes qui parlent de la même femme... Jeanne a quitté l'un pour l'autre !

Reprise de Johnny Johnny par les voix féminines jusqu'à cette femme n'est plus à toi
Et Richard Darmond et Garou qui reviennent avec "quoi ma gueule"... question ouverte à Jeanne (enfin au quatuor de femme), qu'est ce que j'ai qui ne vous plais pas ? La réponse agressive à une rupture ou un refus amoureux... notez que je comprends, à choisir entre Darmond, Garou et Bruel... j'aurais pris Bruel aussi (mais ca ce n'est que mon avis qui n'engage que moi... et pour être honnête, je serais même plutôt parti sur une femme mais bon...)

Reprise de Johnny Johnny par les voix féminines jusqu'à tu l'aimes encore...
Et Gérard de Palmas en duo avec Marc Lavoine reprennent "Oh Marie"... si tu savais tout le mal que l'on m'a fait... déclaration de souffrance ... la question est... pourquoi Marie, est-ce une autre femme ou parce que c'est le seul titre compatible de la discographie de Johnny... peut-être un peu des deux... après une rupture, on fait quoi... on va se faire consoler dans d'autres bras... d’où Marie. OU autre lecture, c'est Marie la mère de Jésus et Johnny se tourne vers l'église...

Et retour à Johnny en modifiant les paroles comme suit :
Et puis Johnny Johnny s'exprime d'une seule voix
Et puis Johnny Johnny nous couvre de ses bras
Et puis Johnny Johnny réponds ne t'en vas pas
Mais non Johnny Johnny est toujours là
Comme un écho qui rend fort
Partager ca nous rends fort
On t'aime encore
Ca c'est clairement un hommage à Coluche, l'équipe des restos du coeur, les artistes, le public.

L'apport des voix
Si les voix masculines sont importantes, la primordiale est celle de Richard Darmond qui ici est Johnny Halliday... comme dit, aucun chanteur ne peut se prétendre être cette star, par contre, un acteur peut jouer son rôle, de plus sa voix est juste parfaite pour l'incarner. Les autres représentent... des hommes qui seraient eux aussi passé par la dame et abandonné... car sur une vie, on ne rencontre pas qu'une seule personne.

Les voix féminines sont beaucoup plus importantes, dans la mesure ou ce sont elles qui vont porter le texte original de Jeanne Mas, il était donc important que chacune apporte son grain. Liane est l'autorité et la maturité, Hélène est la fragilité, Lorie est la jeunesse et accessoirement l'équivalent de Jeanne en 85... une star en puissance, Julie apporte la dimension dramatique... et Murielle, c'est la voix qui n'est pas une chanteuse, celle qui pourrait être la voix de toutes les femmes... 

Et voilà comment Jean Jacques donne une nouvelle profondeur à ce texte.
On pourrait dire que la fin dénature le message de la chanson... mais n'oublions pas une chose, c'est un concert caritatif, et ici un hommage multiple, il aurait été mal placé d'oublier de rendre hommage aux restos et à ceux qui le font vivre, public, artistes et bénévoles.

Un dessert ... pour la route ?

Deux titres de Jeanne Mas... le début des années 80... le décor est posé. Comme dit, à cette époque, le panel musical était plutôt sage dans la variété française. Jeanne débarque comme un ovni punk rock et impose son style. Justement, quoi qu'est-ce ce style... 

Un bandeau noir dans les cheveux, parfois avec un plume bien voyante, parfois avec plusieurs.
Les cheveux "en pétard" mais maitrisé.
Un maquillage sur les yeux, profond, envoutant... étiré sur le bord du visage
Une robe noir dont les manches sont amples, sa préférée (ou au moins celle qui reviens régulièrement) a les manches jusqu'à la taille, faisant une sorte de cape lorsqu'elle écarte les bras.
Chaussures noir sans talons.


Alors, oui, on peut aisément dire "c'est le look gothic punk"... c'est le style "rébellion" mais ce que je veux vous faire remarquer... c'est que Mylène Farmer n'a rien inventé...  déjà, on l'a vu, Jeanne parlait ouvertement de sexe bien avant que Mylène ne monte sur scène... mais le côté "corbeaux", punk en noir et provoc... c'est certainement un hommage à cette grande dame plutôt qu'une création de sa part... non ?

 

 Allé, un petit digestif pour faire passer le tout ?

 

Si je vous dit Hans Zimmer... vous pensez à quoi? Au compositeur de musique de film allemand naturalisé américain avec une liste longue comme deux bras de bande originale toutes plus géniales les unes que les autres... Et ce qui le caractérise c'est la recherche d'harmonie, le contre point et l'orchestration... et quand il se penche sur un sujet, il le sublime. Curieusement, voici une pépite... je vous laisse la savourer...
On va juste souligner qu'ici Hans traite la chanson non pas comme de la variété mais comme toutes ses bandes originales, comme un peplum, une tragédie à mettre en scène musicale.
Si Jeanne à très souvent une paire de menottes à sa ceinture comme accessoire fétiche, chez Hans, le métal est dans l'oreille, percutions lourdes, nappes de synthétiseurs... tout cela crée un mur qui emprisonne et garde l'auditeur captif de la musique. En traitant cette chanson Hans nous affirme que c'est un rock !

 

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