Sauvez-moi... dans tous les sens du terme...
Si il est un titre de Jeanne Mas qui a fait un carton... il est issus de son second album, femme d'aujourd'hui, "Sauvez-moi", décliné en version club bien plus intéressantes que Toute première fois ou Johnny Johnny... mais il s'agit surtout d'un titre engagé où elle dénonce les violences conjugales. Un combat qui
tient toujours à cœur à la native d'Alicante en Espagne. En effet, jusque fin 90, les femmes pouvaient être réduites à 'sois belle et
tais-toi' sans que cela ne choque personne. Des hommes pouvaient se
sentir légitimes à exercer de la violence contre les femmes qui
sortaient de ce rôle de femme-objet. C'est ce qu'elle dénonçais, bien
avant tant d'autres, dans cette chanson qui pouvait sembler frivole. Dans la lignée, on peut également citer "J'accuse" (sur l'album les crises de l'âme) pour dénoncer le viol.
Malheureusement, encore aujourd'hui, le sujet est
toujours là !
Les femmes n'ont toujours pas tous les droits sur leur
corps. Pire, la victime de ce genre d'acte n'est que rarement considérée par la justice ou ses proches. Regardez ce qui se passe aux États-Unis : des hommes, parce
qu'ils sont juges, ont décidé que des femmes ne pourraient plus avorter.
C'est hallucinant !
Une autre chose est à souligner sur le parcours de Jeanne, elle n'a jamais pu s'associer sentimentalement à un homme, chaque relation l'empêchant de s'épanouir artistiquement . Ses relations amoureuses n'ont jamais fonctionné, ne l'ont jamais comblée. Elles l'écartaient de son chemin principal sans lui apporter grand-chose en échange... C'est horrible à dire... autant que cela explique le tragique de Toute première fois et Johnny Johnny... tout en éclairant l'ensemble de sa discographie.
Ceci étant dit... on va quand même passer ce titre au scalpel, autant pour continuer son combat que pour le plaisir d'en lire les sous-textes.
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Les paroles A la renverse je suis tombée Sauvez-moi Dans l'univers de sa fierté Sauvez-moi Sauvez-moi, quand il me soulève, qu'il me tend la main Dans ce désert je me suis perdue Sauvez-moi, quand il me soulève, qu'il me tend la main Petite note...Jeanne est le jouet du public et de l'industrie musicale tout comme de la presse... lorsqu'on la fait venir, c'est pour faire des années 80 quasi en exclusivité... ce qui explique son expatriement vers les états unis, le fait qu'elle vit avec sa fille et préfère s'occuper de son chat et son jardin... et se consacrer à ses nouveaux albums qui passent totalement inaperçu dans les différents médias.
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Première lectureCe texte parle tout seul et se suffit à lui-même, conne Onan... il traite de toute la violence physique ou psychologique que l'un peut faire subir à l'autre... parce que la violence n'est pas réservée qu'aux femmes... et un homme violenté est encore moins considéré qu'une femme. Le cri, sauvez-moi, la victime n'ose le dire, la voix tremble, les mots ont du mal à sortir et... pour tout le monde, lorsqu'on en parle, tout semble naturel. |
Deuxième lecture... le plagiat
Si sauvez moi parle de violence... il parle de ce qu'un pervers narcissique fait à son partenaire ... mais que fait un pervers narcissique ? Il ne crée rien, il vampirise, il prends la substance des autres, se l'approprie et laisse des carcasses vides derrière lui. Alors, on ne va pas dire que Jeanne est une perverse narcissique, mais ce titre en est l'illustration parfaite... la musique est pompée de Twins et le refrain de Roxanne.
Avant de dire pourquoi et comment, il faut souligner la démarche... le vol d'identité, Jeanne est prise dans un système de prédation, on en fait une poupée qui doit se produire, sortir un hit. Une chanson basée sur un plagiat n'a pas d'âme, elle est habitée par ce qui la construit et non par l'artiste... et dans tous les cas, la violence continue sur la victime vidée de son essence.
En fait, ce n'est pas un plagiat cette construction, c'est la continuité du texte, du thème des paroles, ni plus ni moins. C'est l'illustration musicale de ce qu'est un pervers narcissique. C'est une dimension métaphysique des paroles... au même titre qu'un hommage à ces deux titres, car sans eux... pas de sauvez moi, pas de combat en français contre la violence conjugale.
Prenez le temps d'écouter ces deux titres avant qu'on ne parle de ce qu'ils apportent à Sauvez-moi...
Twins - Face to face |
The police - Roxane |
Le Refrain de Roxanne (The Police) : C'est l'évidence même. Le cri de détresse de Sting envers une prostituée devient le cri de Jeanne vers son bourreau. Même urgence, même tension sur la corde vocale. Le "Sauvez-moi" est calqué sur le "Roxanne" avec cette montée qui cherche l'oxygène. C'est l'appropriation d'une agonie rock pour en faire un drame variété.
The Twins (Face to Face, Heart to Heart) : Là, on touche à la structure, à la "carcasse" sonore. La New Wave allemande des Twins fournit le squelette synthétique, froid, binaire.
Il ne reste qu'à prendre la rythmique robotique et clinique des Twins et poser dessus la plainte de Sting.... et décrire l'acte de viol, de violence, de harcelement moral et physique.
Et c'est là que le malaise s'installe. Comment Jeanne peut-elle être aussi "vraie" et "écorchée" dans sa gestuelle alors qu'elle interprète un puzzle de plagiats ? Ça renforce l'idée de la carcasse possédée, sa gestuelle désarticulée et saccadée qui la caractérise : l'âme est peut-être sincère, mais le corps et la voix sont forcés d'habiter une structure qui ne leur appartient pas.
On peut même pousser le vice plus loin... et si les prédateurs c'était The Police et The Twins... Jeanne étant la victime... j'explique, on a là les deux facettes du pervers narcissique, l'un est froid, implacable, répétitif, sans empathie et l'autre est chaud, l'agonie, la suffocation. Il reste quoi ? Une poupée désarticulée, incapable de danser qui crie "sauvez-moi" ... Hé oui, The Twins imposent un squelette de fer empêchant de respirer et The Police impose une agonie qui n'est pas la sienne... il reste quoi, un réflexe de survie, un cri... SAUVEZ-MOI. Je vous laisse méditer là dessus...
On relit le texte avec cette grille de compréhension...?
A la renverse je suis tombée; en écoutant ces deux titres sans aucuns doutes...
Il aurait pu m'assassiner, en effet, si Jeanne devait rivaliser avec la voix de Sting, l'histoire aurait été faite.
M'étrangler dans sa fièvre, et moi, on en parle de la carrière de The Police... où est la place d'un autre artiste face à lui ?
Je cède à ses colères, il faut voir ici les producteurs, la presse, le public... elle doit sortir un tube.
Pourquoi? parce que son second album... il faut en faire la promotion
Sauvez-moi, du public, de la presse, de la pression... d'elle même à la limite.
Dans l'univers de sa fierté, le top 50, l'ensemble des autres artistes
Il a voulu me posséder, chaque auditeur, tout le monde veut son bout de Jeanne mas
Je m'annule dans cette trace, hé oui... il y a Jeanne sur scène (guerrière) et Jeanne... la sage qui s'efface et essaye de rester discrète, il ne reste que la guerrière à montrer sur scène.
Et moi j'accepte ses faiblesses, pour preuve, elle sort son second album... ses faiblesses étant le public et les producteurs.
Pourquoi? parce qu'elle est victime... elle veut qu'on l'aime, qu'on l'écoute, se produire sur scène, puisque c'est le seul moyen d'exister en tant qu'artiste.
Sauvez-moi
Sauvez-moi, quand il me soulève, qu'il me tend la main; il faut y voir la scène, le public, les mains levées
Ma voix se dérègle; c'est touchant pour un artiste... ca chamboule.
Sauvez-moi, ses yeux me désarment, quand il me retient; le rappel, revenir et chanter encore, il n'y a que cela.
Quand ses bras m'encerclent si fort; la communion avec le public.
Si fort, comme toute victime... elle veut qu'on l'aime encore, plus fort, même si cela la fait souffrir...
Dans ce désert je me suis perdue; le désert musical de la scène francophone.
Révolution voie sans issue; en effet, peu de place pour le punk rock... on reparle de la difficulté à installer toute première fois ? Et le combat contre la violence faites aux femmes; pour rappel le président François Mittérand lui a répondu, suite à sa demande que la loi sois plus sévère face à toutes ces violences "les artistes ne doivent pas se mêler de politique"
Il me noie de promesses, et moi; le public, les producteurs, la presse... et elle, quelle est sa place ?
Je me ruine dans ses caresses; oui, elle se ruine sur scène en donnant des prestation physiques et intenses
Pourquoi? parce que c'est son job, son rêve, son ambition.
Et si on parlait du vidéo clip officiel...
Sur le papier, tout le monde a du voir ce clip au moins une fois, tant il est passé à la télévision... à la fois drôle et sarcastique, il illustre parfaitement le texte. Donc, on va pouvoir se concentrer sur l'image et ce qu'elle nous en dit, plan par plan... et s'assurer que tout colle bien avec les paroles... Vous avez un doute ? Ça tombe bien, moi aussi. Pour être sur, prenons le temps de le regarder à nouveau...
Un appartement... et Jeanne qui chante du Maryline Monroe... et massacre la fin... Ce n'est pas Jeanne Mas qui est en scène, c'est madame tout le monde.
La caméra prend tout son temps pour nous montrer le salon... qui est étrangement similaire à celui de Johnny... tout en étant un peu différent... mais le fauteuil, le cendrier, la table ronde... tout cela est étrangement familier, vous ne trouvez pas ?
On voit enfin la "chanteuse"... blonde, en rose, avec le tablier blanc, en talons haut pour faire la cuisine puis la vaisselle... C'est une bimbo... une Sissi... la cruche basique ! Dit autrement, la femme objet, sois belle et tais toi ! C'est tellement raccord avec ce que Jeanne disait en interview à propos de ce titre... dit autrement, l'illustration par l'image. Voilà l'image de la femme vue par un pervers narcissique (à moins d'un jeu consensuel ou chacun agrée d'un rôle, l'un étant l'objet et l'autre le maître de scène, mais dans ce cas, ce n'est plus un pervers narcissique, c'est du jeu érotique).
La musique commence avec des bris de verre camouflés derrière la basse... donc, en plus d'être une bimbo, elle a deux mains gauche... le cliché parfait de la cible d'un pervers narcissique.
La gestuelle sur jouée quand elle réalise que son homme est déjà là... et qu'elle n'a pas fini la vaisselle. La preuve de deux mains gauche, le calvaire pour retirer des gants de nettoyage... et la preuve de la bimbo, elle a une manucure et du verni, d'où les gants extra long en plastique... On est en plein dans le cliché de Barbie ! On va souligner que les gants sont comme les gants sexy, montant jusqu'à l'avant bras... et de la même couleur que la robe... si ce n'est pas Bimbo je ne sais pas ce que c'est (sans parler que la robe est moulante à souhait et porte un large décolté...)
On tombe dans la soumission quand on regarde sa manière de se pencher, les fesses en arrière, le dos bien droit, en équerre, la tête relevée... pour se maquiller.... elle offre son cul, ni plus ni moins. Pourquoi je parles de soumission, parce que pour tenir cette posture, il faut la travailler, surtout en talons aiguille... donc ce personnage a l'habitude de cette posture... et on l'oblige certainement à l'adopter pour tout et n'importe quoi. Bref, elle fait quoi, elle se remaquille avant que son homme n'arrive... la femme objet.
Il passe la porte, elle est surprise et perd son rouge à lèvre, jouant la surprise... qui fait ca, à part une bimbo bien dressée...?
Lui... il est moche, il ne prends pas soins de lui... cheveux en bataille, singlet sous une veste en cuir, mal rasé... le prédateur tel qu'on l'imagine. Et elle fait quoi la belle... elle penche la tête pour lui dire bonjour... honny c'est du miel, sucré, doux, agréable... l'opposé de son homme ! Et signe de soumission, en hochant la tête, elle offre sa bouche et sa gorge ! Et sa réponse... il touche son sexe et réajuste son jeans...
Il fait quoi, pas un geste, pas un regard... la télé et le journal. Elle vient près de lui, il l'ignore.
Elle doit aller jusqu'à lui retirer ses bottes et fini contre un mur... maladresse critique...
Elle fini par craquer et l'étrangle... ultime, elle l'embrasse et laisse du rouge à lèvre sur son visage avant de se sentir soulagée et partir.
La femme objet n'est plus, elle est libre... meurtrière pour sa propre sauvegarde.
Nouveau plan... et nouveau couplet... et nouveaux personnage. Cette fois, Jeanne est sexy, en noir, hyper soignée... son homme est hyper stylé. A table, dans le noir... Elle craque et envoie les papiers valser au sol.
Le décor nous dit qu'on est chez les riches... un autre type de prédateur ? Lui il fait quoi, il lit le journal, dans le noir, ignorant sa femme qui se lève. Tu parles de la fierté ! Elle va vers lui, non pas debout mais à quatre pattes, en rampant au sol... La femme soumise et objet... animale dressée. Il ne la regarde pas, il lit son journal... elle obéit, agit comme il lui a appris, il l'ignore. Elle lui arrache son journal, cela le surprend à peine... il a toujours les mains comme si il le tenait. On dirait que le crime a déjà eu lieu, quand il se lève pour récupérer son journal sa veste est déchirée de partout... Elle se colle à lui, et il s'en fout... accaparé par son journal. Les seules paroles dites par ce personnage ? "il viole mon impuissance".
Sauvez moi, et nouveau plan, nouveau personnage.. une rousse qui semble bien vivante, qui va s'habiller hyper sexy... avant de monter sur le lit et essayer de séduire son homme qui visiblement ne veut pas... c'est une garçonnière... et c'est une nymphomane....
On profite de la musique pour revenir à notre bimbo... qui a tombé la perruque et qui s'affirme... et le quatrième mur tombe, on voit la caméra, le réalisateur... et un accessoiriste qui vient mettre une veste à la star. Jeanne est là, elle fait le combat pour le droit des femmes. Hors de question d'être victime ! Et tous les cuts justifient sa gestuelle... ce n'est pas un pantin désarticulé, ce sont les gestes de "c'est fini, je ne me laisse plus faire, je rejette le négatif".
Un plan important... lorsque la rousse est sur son homme, il ouvre la bouche et articule le "sauvez moi"... preuve que la violence physique peut également s'appliquer aux hommes !
Clap de fin pour un superbe film qui est totalement raccord avec le texte.
En gros, Jeanne nous montre dans ce vidéo clip la bimbo soumise, la femme riche, la nymphomane... et la soumission domestique, psychologique et le renversement ou l'homme est la proie. Le bris de verre au début... c'est l'annonce de la destruction de la femme parfaite. Le quatrième mur qui tombe, c'est le moment ou l'on décide de reprendre sa vie en main, qu'on reprend le pouvoir.
Et si...
Laissons le vidéo clip officiel de côté un instant pour ne garder que les paroles... elles racontent quelque chose, mais il y a un avant, c'est obligé... il pourrait bien s'agir de toute première fois, la rencontre et la création du couple. La vie de couple nous est contée ici, un calvaire au quotidien... qui mènera à la rupture... il restera Johnny Johnny qui s'égare et ne comprends pas... serre le vide dans ses bras... Suis-je le seul à voir cette cohérence d'écriture ?
On continue... ?
Maintenant qu'on a fait le tour du sujet... on va pouvoir s'intéresser aux prestations. Et on va commencer par la vidéo d'introduction... au besoins, remontez la regarder car il y en a des choses à dire, croyez moi !
C'est fait... vous l'avez bien en tête, non pas la musique mais la chorégraphie... alors, c'est partit... Tata Yoyo...
Déjà, Jeanne commence de dos, la position de victime, elle ne regarde pas la scène, elle prend le choc. Le déhanché est sexuel... et c'est sur un coup de basse qu'elle se retourne...
Chaque geste est soit l'illustration des propos (m'étrangler dans sa fièvre, les mains sur la gorge: le reste, des gestes de rejet ou alignés avec ses propos). Sauvez-moi, les bras tendu, le Y, le moi, le choix... je fais quoi, je crie à l'aide.
Elle ne chante plus, elle reviens en position de victime.
Comme dit, chaque mouvement appuie le texte, jusqu'à "glacer mes veines" ou elle offre ses bras !
Maintenant il faut parler de ses accessoires... des bracelets métalliques aux poignets... l'allégorie des menottes, Jeanne est prisonnière... c'est encore plus flagrant quand on remarque que sans bracelets, elle a une ceinture très large avec des anneaux... et les menottes en métal, des vraies, accrochées en accessoires.
Sa tenue... en noir, avec un chapeau... elle ne vient pas chanter, elle vient rendre hommage à toutes les victimes décédées de violences conjugales.
Elle porte une croix en or à la poitrine, ce n'est pas une question de religion, c'est le signe du martyr, le sacrifice... pour rappel, elle l'a payé, le prix, de cette chanson et sa position contre la violence. Pour rappel, elle chante un titre qui est une agonie plagiée... c'est une manière de dire que son corps et "qui" elle est n'est plus qu'un temple profané. C'est aussi un talisman, dans son combat contre ses démons (la presse, les producteurs, le public), c'est son ultime protection.
Ses bijoux... deux types de boucles d'oreilles différentes, l'une à gauche, l'autre à droite... les deux facettes de Jeanne, la sage et la guerrière... mais aussi le rappel des deux facettes du pervers narcissique, discret et attentionné, criard et vulgaire.
La rencontre avec Alain Souchon...
On est fin 1986, dans Mon Zenith à moi... Sauvez-moi est partout, Jeanne et la reine de la France et le système médiatique est à sa pleine puissance... Jeanne est dans sa cage dorée de star.
Alain Souchon, c'est l'opposé extrême de Jeanne sur scène, le contraste absolu... le gentil souchon face à Nosferatu...
Alors, ce que dit Alain, c'est pour introduire la chanson, présenter un autre type de pervers, celui qui veut la sexualité sans la responsabilité de la (possible) paternité lié à son acte. On est d'accord, c'est pour la mise en scène... mais cela rend le contraste encore plus fort, celui qui chantait "la ballade de Jim", le rêveur fragile, l'éternel adolescent un peu gauche qui chantait "foule sentimentale"... qui dit "ça" qui pourrait être capable de "ça"... je n'y vois qu'une explication... On peut TOUS être un pervers narcissique pour l'autre lorsque l'honnêteté n'est pas présente.
La première chose qui marque dans ce clip, Jeanne SOURIT... elle s'amuse sur cette vidéo, elle semble ENFIN afficher le plaisir d'être artiste... ou alors c'est du sarcasme pur, c'est le sourire de celle qui sait que la tragédie est tellement énorme que cela en devient une farce (on revient sur la réponse de Mittérand ?)... ou alors c'est le Jocker...ou son pendant crée pour le dessin animé, Arley Queen... elle se délecte du chaos pour le chaos, l'hystérie lucide.
Ses mouvements sont encore plus fluides... mais ce n'est pas pour rien, c'est pour illustrer la fuite, la tentative désespérée d'échapper à son bourreau...
Çà, c'est ce qu'on voit nativement... sans prêter attention aux détails... et pourtant c'est là que se trouve tout le sens de la mise en scène. Elle commence en haut des escaliers, qui ont un pallier énorme; un escalier qui n'en finit pas... c'est la psyché humaine, on peut encaisser encore et encore, tant qu'on peut avoir un instant pour respirer... mais sans aide, on ne fait que descendre aux enfers.
Pourquoi elle descend... non pas pour chanter mais à cause de la gravité de sa propre détresse qui l'aspire.
Une fois en bas, ce n'est pas une porte qui peut s'ouvrir, un échappatoire, qu'elle trouve... c'est une impasse ou son ombre devient plus grande qu'elle, menaçante, oppressante, qui veut la dévorer... le pervers narcissique qui arrive à ses fins (tiens tiens, elle offrait ses bras pour qu'on l'assassine...). L'ombre n'est pas son reflet, c'est son vice, elle est menacée par sa propre image, en fait, par ce plan elle nous affirme qu'elle est devenue son propre bourreau, sa propre prédatrice à cause de son succès.
Elle remonte jusqu'au pallier, vers la lumière si on peut le dire ainsi, ou la normalité, vers qui pourrait l'écouter... mais regardez la peinture sur ce palier... ce sont des chiens de chasse... même là elle n'est pas en sécurité, elle est toujours la proie. Elle est traquée, elle est le gibier.
Le clip se termine avec une Jeanne qui s'effondre...l'illustration la plus juste de la mort de la victime...qui
est tellement proche du suicide... ou de la destruction mentale qui y mène, à
petit feu, et dans le désespoir s'accroche malgré tout à ce qui est présent, ici la rambarde de l'escalier rien d'autre.
L'intimité tardive de 1987...
La machine s'essouffle et Jeanne cherche à reprendre le contrôle de sa carrière; ses clips et passages en télé sont allégés, dépouillés, plus sombres. C'est l'époque de la transition vers l'album suivant, les crises de l'âme qui sortira en 89.... la poupée désarticulée a fini de chanter pour le top 50 et commence son introspection, son exile intérieur.
En réalité, en 1987... on réalise que Sauvez-moi n'était pas qu'un exercice de style mais un constat de décès annoncé à venir. Maais parlons de cette mise en scène qui vaut également l'analyse sous ses airs innocents...
Mais reprenons... qui sont nos suspects ? Une Jeanne toute mignonne et gentillette, avec une voix douce et délicate... dans le bar; les gendarmes ayant Jeanne Mas la guerrière, dans sa tenue de combat, de scène. La quelle des deux est Jeanne Mas, c'est toute la question du débat qui occupe nos figurants et acteurs.
L'une se défend et cherche à prouver son innocence, l'autre accuse, c'est elle pas moi, agressive et arrogante.
J'aimerais poser une question... sommes nous dans le bar tabac près du feu vert avenue du Maine, lorsqu'on tourne à droite, rue Maréchal Foch ? peu importe...
La quelle des deux va chanter ? L'arroguante nargue la police et c'est la sage qui chante... l'autre lui répondant dans un jeu de champ contre champ... il n'y a pas deux Jeanne Mas, il n'y en a qu'une, avec deux facettes qui s'expriment en même temps... la guerrière a besoins de la sage pour donner de l'émotion, la sage a besoins de la guerrière pour s'exprimer.
La guerrière est "tenue" par la police, elle ne peut s'extirper de leur emprise... l'autre s'éclate dans le bar; Jeanne nous montre qu'elle a autre chose à dire, que sa carrière va prendre un autre tournant.
Est-ce un signe du début du déclin... c'est la dernière chanson de l'émission, on colle le générique sur l'image alors qu'elle chante toujours... humiliation finale à une artiste.
La vidéo fantôme
Il faut parler du vidéo clip réalisé par Jeanne elle-même... qui semble avoir disparu des archives internet. Tout se passe dans une décharge, une casse automobile, le lieu ou l'on abandonne les déchets et les épaves. Comme le clip s'y déroule, elle est un déchet, une épave, un objet industriel usé, inutile.
Des barils brûlent, autant au premier plan qu'en trame de fond, c'est la crémation de ce qu'on ne peut recycler... son propre bûcher.
Côté look, elle arbore parfois la perruque blonde, référence à Marylin Monroe, mais pas sa version glamour, la version brisé, celle qui est morte d'avoir été la poupée des puissants de ce monde. Son maquillage est plus lourd, presque comme un masque funéraire. Ce n'est pas la belle et gentille Jeanne, ce n'est plus la guerrière qui monte sur scène, c'est une femme qui se grime pour supporter la réalité.
Dans cette version, elle ne danse pas, elle erre, elle marche au milieu des déchets... comme dans un labyrinthe, elle est perdue.
Sur le refrain, c'est du gros plan, c'est cru... on voit ses cordes vocales se tendre, la panique dans les yeux... le sourire, même sarcastique, a totalement disparu.
Le clip se termine sur de la fumée et la nuit... une voie sans issue. Elle reste dans cette décharge, le clip s'éteint sur elle, seule, au milieu des débris alors que la musique continue mécaniquement, comme une machine qui ne sait plus quand s'arrêter... qui ne veut pas s'arrêter, même lorsqu'il n'y a plus rien à broyer.
Si quelqu'un dispose de ce vidéo clip, merci de le mettre en commentaire; description écrite de tête, j'ai vu ce vidéo clip quelques fois à la télévision...
La version lente
Si vous trouviez la vidéo fantôme glauque... on peut continuer la descente aux enfers avec la version lente. Peut-être vaut-il mieux que vous la regardiez avant qu'on en parle sincèrement...
Déjà, on change de rythme... un battement comme celui d'un coeur. Ensuite, Jeanne a vieilli, elle ne chante pas, elle s'écoute chanter. Le ton n'est plus agressif, c'est une complainte. C'est la dernière chanson du disque, l'aiguille avance, inexorablement. Le seul mouvement dans la mélodie intervient sur les sauvez-moi primordiaux de la chanson. Elle sonne comme un regret, non plus comme un combat ou un hit... Sur le second refrain, Jeanne le chante... elle demande à ce qu'on la sauve, littéralement, elle... pas une victime quelconque, pas la victime d'un pervers narcissique... elle, la petite Jeanne Mas innocente qui a eu une carrière de dingue.
Il y a plus de répétition de "si fort"... et l'ajout de cette phrase "le cercle se ferme" c'est tellement lourd de sens.
Elle porte une pierre sur le front en guise de 3e oeil, le chakra Ajna... la perception au delà du visible. Comme elle s'écoute, elle a ouvert les yeux sur sa propre condition. Fini le show buisness, elle se voit pour ce qu'elle est, une femme... et surtout, c'est considéré comme la lucidité des fous.
C'est une amulette, quand le corps et l'esprit sont brisé, il ne reste que la spiritualité... et c'est un moyen de soigner l'âme (tiens donc... y'avait pas un album sur le sujet... les crises de l'âme ? tiens donc, ce sera son troisième album...)
Surtout, chez les Hébreux, le golem ne peut être stoppé qu'avec une pierre et une incantation (Emet, signifiant vérité, pour le stopper, il faut retirer la pierre et effacer la première lettre, Met signifiant la mort) sur le front... la machine à tube est à l'arrêt forcé, à l'asile, obligée de s'écouter, de se souvenir, de se soigner ou mourir.
Voyons le décor... et les images ... une roue qui tourne, on ne saura pas ce que c'est exactement... peut être le centre d'une roue de vélo en gros plan... mais c'est l'image du temps, indéniablement, peut-être de l'innocence.
Si tout le clip est en noir et blanc, le titre est en rouge... rouge sang.
La première image sur laquelle on insiste, le ventilateur au plafond, grand classique du cinéma noir ou des films de torture. Son mouvement circulaire, lent et incessant, symbolise la pensée qui tourne en boucle, l'impossibilité de s'échapper. C'est le temps qui s'étire dans la souffrance.
Le rideau de douche... tristement célèbre comme lieu de suicide... se purifier par l'eau avant d'en finir, caché par un rideau en plastique annonçant le sac mortuaire.
La foret, dans la brume, même pas un chemin tracé, la foret ou un parc... et des arbres nus, mort, desséchés. Et la caméra s'y enfonce, froidement. Descente aux enfers, la noirceur de la dépression. On passe rapidement sur un couloir... Ce n'est plus un escalier de star, c'est un couloir d'institution. C'est l'espace de l'enfermement. Il est froid, clinique, interminable... un hôpital psychiatrique sans aucuns doutes.
On a des plans rapides sur la tête de Jeanne... qui s'écoute, elle n'est plus active, elle est passive. C'est le détail le plus terrifiant. Elle ne chante plus, elle subit sa propre voix. Elle est face à l'objet "Jeanne Mas" (le disque) comme face à un étranger ou un bourreau. C'est la dissociation totale. La femme réelle regarde l'idole de cire qu'elle est devenue. Elle observe sa propre déchéance comme une spectatrice impuissante. Elle écoute son propre appel au secours sans pouvoir y répondre.
Des taches de sang... bien visible... et même en noir et blanc, elles ne laissent aucuns doute... et ce n'est pas une goute ou deux, c'est une flaque.
Dans sa mémoire voilée on nous rappelle la toute première fois (sans doute), la gestuelle de la sexualité... voilée pour ne pas être vue, pour ne pas se souvenir... vu la thématique, je parie sur le viol plutôt que l'acte consentant.
Retour sur la tête de Jeanne, si la première fois elle fixait l'objectif de la caméra, son regard fui, regarde en haut, à gauche... pour rappel, lorsqu'on ment, on a tendance à regarder en haut à droite... lorsqu'on affirme, on fixe le regard de l'autre. Elle témoigne, elle se souviens. Le plan est coupé par le disque qui continue de tourner, puis reviens sur la tête de Jeanne, qui regarde maintenant en haut au centre de l'image... elle cherche à se souvenir.
Le plan suivant est pris de l'intérieur d'une pièce sombre dont on n'a que la vitre renforcée comme source de lumière... dois-je vraiment préciser "où" elle se trouve et pourquoi ?
Retour sur la flaque de sang, plus petite, signe que Jeanne se souviens, elle agonise en se remémorant sa propre histoire... et retour sur ce ventilateur qui tourne, froid, mécanique... et comme on ne voit aucuns personnage, il tourne, seul, pour personne...
On ne va pas se répéter sur les plans du disque et la tête de Jeanne, je crois que vous avez saisis le message... et la lune... qui passe de sombre à pleine... comme la mémoire quand on se concentre, qu'on cherche quelque chose... elle évoque la douceur de la version lente de ce titre... mais aussi la transformation et la renaissance (heureusement pour nous Jeanne sortira encore de nombreux titres et albums... même dernièrement, mais elle a avoué il y a peu qu'à 60 ans passé elle est blasée de la scène). Retour sur son visage puis sur la lune qui se voile... l'histoire est finie.
Sur le Sauvez moi, accompagné d'un coup de basse... la goutte de sang qui tombe dans la flaque en gros plan... lourd de sens dont je me passerai de l'analyse.
Deux personnes derrière le voile qui ressemble maintenant aux rideaux d'une fenêtre... si le premier pouvait être deux amants, ici on dirait plus quelqu'un qui agonise, qui ne veut pas ou plus mourir... ou qui veut en finir (le paradoxe du suicide avorté par un tiers) et ce qui pourrait être un médecin.
Un tunnel... on pourrait croire au périphérique mais j'y vois le tunnel de la mort... et encore cette flaque de sang, toujours plus petite... et si la caméra avance dans ce tunnel et que la flaque rétréci... on parle des derniers instants du suicidé... les dernières minutes de vie, le dernier souffle ou il ne reste que cela à se souvenir, le sang qui coule.
Une chambre, un homme... et retour sur une vitre. La position des mains est sans équivoque... plaquée sur la vitre, prise par derrière, sans amour, sans passions... juste l'acte brutal... et les mains glissent. C'est fait.
Le plan cinéma... 5...4 ... elle remonte ses souvenirs sur une scène précise. Et retour sur la foret, mais cette fois les arbres sont plus vivants, la mémoire se brouille... 3... un homme qui part, en costume avec chapeau dans une rue glauque... 2 ... une mare de sang... 1 ... Jeanne, la vieille, chante SAUVEZ MOI... et retour sur la pièce semblant être une salle d'opération fermée, bâchée... des mains et des visages sans noms... est-ce la mort, ses démons qui viennent la chercher ? Jeanne, la vieille, continue de crier SAUVEZ MOI... et l'image passe en couleur... ce sont des médecins sans aucunes équivoque... et redeviens noir et blanc, sans visages, sans noms... et des mains, tant de mains... allégorie à ses titres de gloire ? le public qui continue de la réclamer ? Et à nouveau, la vieille Jeanne crie SAUVEZ MOI... et ce disque qui s'approche de la fin...
Les plans sur la lune, la foret, le couloir... et la vieille Jeane qui fixe l'objectif... et retour sur ce tunnel... puis ces mains, qui abandonnent, il n'en reste qu'une qui s'efface et tombe... et à nouveau ce tunnel; qui s'avère être le métro, menant à autre chose, un autre lieu, une autre vie... la vie ailleurs, loin de tout, près de son chat, sa fille et son jardin.
On va noter que le beat de cette version lente est celui de Meredith Brook - I'm a bitch, sortit en 1997... en tous cas, si ce n'est pas celui là, la similitude est flagrante, une batterie lourde, traînante et isolante. Le texte de Brooks dit : "I'm a bitch, I'm a lover, I'm a child, I'm a mother, I'm a sinner, I'm a saint...". C'est une chanson sur la multiplicité des facettes d'une femme que la société essaie de mettre dans une case. Si l'une revendique le paradoxe, l'autre le subit. On retombe pile sur la "Sage" et la "Guerrière" dans le bar. Utiliser ce rythme, c'est une manière de dire : « Je suis tout ça à la fois, et c'est pour ça que vous me détruisez ».
Ce rythme, c'est celui d'une marche. Dans Bitch, c'est une marche de défi. Dans la version lente de Sauvez-moi, c'est une marche funèbre. C'est ce qui reste quand on a tout enlevé. C'est le rythme de la "carcasse" qui continue de battre alors que l'âme est déjà dans le couloir de l'asile.
Dans Johnny Johnny, elle est encore dans l'attente de l'autre. Le rythme est sautillant, c'est de la pop de conquête. Dans la version lente de Sauvez-moi avec ce beat à la Meredith Brooks, elle n'attend plus Johnny. Elle est face à elle-même. C'est la fin du dialogue et le début du monologue de l'enfermée.
Et si...
On va se permettre une petite réflexion après tout ce cheminement... et aborder les titres à venir...ou déjà traités...
Les mains floues derrière le voile, la scène qui ressemble à un viol dans cette version lente... et si Jeanne nous disait que "toute première fois n'est pas une fête mais une effraction; le voile n'est pas là pour l'esthétique de la scène, il est là pour la dissociation, le cerveau qui occulte pour ne pas se souvenir.
Elle nous a fait chanter en choeur "toute première fois" alors que voilé sous ce texte, c'était peut-être déjà le début de sa longue exécution.
Dès lors, toute première fois n'est plus une initiation mais la disparition de l'innocence.
Les images de rêves, enfin, la mise en scène façon rêve... c'est un souvenir d'agression qui remonte à la surface... à la réflexion, dans la chanson l'enfant... est-ce qu'elle ne parlerait pas d'elle même ?
Le voile, le maquillage, qu'elle ne porte plus dans cette version... elle ne se maquille plus, elle s'affiche tel qu'elle est.
L'image en noir, le titre en rouge... en rouge et noir... probablement son titre le plus limpide sur elle même... elle y a parle à la première personne. Ce qu'on a chanté en boucle c'était son armure, son mode de survie avant Sauvez-moi et la descente aux enfers.
Conclusion
Avec ce cheminement, on ne regardes plus une star de la pop, on regardes un témoignage codé.
Ce n'est pas une suite de coïncidences, c'est un plan de sauvetage qui a échoué en direct devant des millions de téléspectateurs.
Elle commence par des textes forts, des hymnes de libération. Elle veut porter la voix des autres. Elle se croit assez forte pour être le porte-voix. En se liant à d'autres artistes pour souligner d'autres formes de violence, elle essaie de diluer la sienne, ou de trouver des alliés. C'est sa phase de résistance active. Elle dénonce le système de l'intérieur... Puis c'est le basculement.
Elle réalise qu'elle est devenue ce qu'elle dénonçait : une proie. Elle se filme au milieu des ordures parce qu'elle sent que le système l'a déjà jetée. C'est l'image la plus honnête qu'elle ait jamais produite, et c'est pour ça qu'elle est "perdue" ou "fantôme" : le système ne peut pas laisser une épave dénoncer la casse automobile.
Et la fin est tristement logique... Quand on a crié (Sauvez-moi), qu'on a prévenu (la décharge) et que personne n'a bougé (le public continue de danser), il ne reste que le retrait total. La flaque de sang, le ventilateur, la vitre renforcée... et une nouvelle vie loin de tout, la mort de l'artiste, la reprise de la vie au calme de la personne.
En deux mots, c'est l'histoire (d'un rêve troublant, un message, l'histoire d'une enfant) d'une femme qui a dû "tuer" l'artiste pour laisser vivre la personne.
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